Affaire Jean-Claude Duvalier et consorts : la justice haïtienne traine trop les pieds

Sur les 18 personnes inculpées dans l’ordonnance de la cour d’appel de Port-au-Prince, seulement sept sont encore en vie. Mais ces organisations de droits humains veulent toujours avoir justice pour les victimes et stopper l’impunité. Avec ce dernier rapport, elles espèrent exhumer ce dossier dont l’instruction dure déjà quatre ans. Rouvrir le débat sur les crimes contre l’humanité commis entre 1971 et 1986 par le régime « sanguinaire » des Duvalier.

Ces organismes de droits humains s’inquiètent que « faute de volonté politique, aucun des auteurs des crimes commis pendant le régime de « Baby Doc », où des milliers d’Haïtiens furent torturés et tués, ne soient traduits un jour par devant la justice. Si le décès de Jean-Claude Duvalier le 4 octobre 2014 a affaibli l’intérêt médiatique et les pressions de la communauté internationale, les rescapés des geôles de l’ancien régime et des familles de disparus attendent toujours un procès, plus de trente ans après la fin de la dictature, ont insisté la FIDH et le RNDDH.

Leur objectif immédiat se résume à « la poursuite de l’instruction en vue de sa clôture rapide et du renvoi des consorts encore vivants en procès pour des crimes contre l’humanité commis entre 1971 et 1986. » Ils veulent tracer un exemple. L’affaire des crimes contre l’humanité commis sous le régime de Jean-Claude Duvalier et son caractère emblématique lui confèrent un pouvoir de levier pour d’autres procédures sur les crimes de sang commis durant les différents régimes haïtiens, ont-ils fait remarquer.

Après quatre ans, le magistrat Durin Duret, chargé de poursuivre l’instruction supplémentaire, n’a pas encore rendu son ordonnance. A sa décharge, ces organismes de droits humains ont souligné le fait que ce juge est « esseulé » dans son travail et ne « bénéficie d’aucun moyen particulier » pour mener à bien la « lourde tâche » qui lui a été confiée. L’ancien ministre de la justice, Jean Joseph Exumé, qui était l’un des avocats des parties civiles, a mis l’accent au cours de son intervention, sur le fait que « sans ce rapport d’instruction, il n’aura pas de jugement définitif dans ce dossier ».

Par ailleurs, le rapport de la FIDH et du RNDDH a dénoncé un manque de volonté des autorités du pays pour permettre à la justice de clôturer le supplément d’instruction demandé par la cour d’appel en février 2014, afin de renvoyer les responsables devant une cour d’assises pour être jugés pour crimes contre l’humanité et crimes financiers. C’est pourquoi ils ont décidé de rappeler à la société l’existence de cette affaire pendante et faire la lumière sur les obstacles rencontrés. « Il est un devoir de garder l’opinion publique informée sur la question le plus possible pour éviter une banalisation de cette affaire », a indiqué Pierre Espérence. Les organisations qui ont préparé ce rapport ont demandé aux autorités haïtiennes de démontrer « une réelle volonté de faire de la justice, de la lutte contre l’impunité et de l’État de droit une priorité ».

Source: le nouvelliste

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