Ballon d’or 2018: Quand la Coupe du monde redistribue les cartes…

Pour la première fois depuis 2008, le Ballon d’or pourrait échapper à Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Après dix ans de règne et de domination sans partage, les deux extraterrestres n’ont pas la faveur des pronostics. La faute à une Coupe du monde qui a vu l’émergence, la confirmation d’autres étoiles et surtout l’effondrement des cracks traditionnels. La distinction suprême ne sera attribuée que dans quatre mois. Mais, les spéculations commencent dès maintenant. Qui sont les gagnants et les perdants du mondial russe ?

La Coupe du monde a toujours exercé une très grande influence sur l’attribution du Ballon d’or. L’histoire de ce trophée est marquée par la Coupe du monde. Des joueurs ont perdu leur couronne, justement, parce qu’ils ont passé à côté de leur rendez-vous avec le mondial.

Ronaldinho est l’exemple parfait pour illustrer l’interdépendance qui a toujours existé entre la Coupe du monde et l’attribution du Ballon d’or. Le Brésilien était le favori incontestable pour remporter le titre en 2006. Après une saison stratosphérique avec Barcelone au terme de laquelle, il avait connu son apogée. Ronnie et le Barca avait remporté la Liga et la Ligue des Champions. Mais, plombé par son Mondial catastrophique avec le Brésil, il a vu s’anéantir ses rêves de Ballon d’or. C’est finalement Cannavaro, brillant champion du monde avec l’Italie qui avait été couronnée cette année-là.

Luiz Nazario Da Lima, avait été sacré en 2002 après avoir survolé la Coupe du monde. Absent du circuit pendant près deux ans, Ronaldo, le Brésilien n’était réapparu dans la circulation que peu de temps avant le mondial asiatique. Mais, le Fenomeno, touché par la grâce avait enfilé les buts comme des perles. L’ancien Galactique, meilleur buteur de l’épreuve, avait conduit les Auriverde vers la cinquième coupe du monde de leur histoire. Après deux années en enfer, l’ancien No 9 de la Selecao a retrouvé les sommets du football mondial, ballon d’or en main.

Zidane en 1998, Stoitchkov (1994), Mathaus (1990), Rossi (1982), Yohan Cruyff (1974), Bobby Charlton (1966). Ils ont tous brillé à la Coupe du monde, l’année de leur sacre. Il y a forcément des exceptions à cette règle. C. Ronaldo (2014) et Léo Messi (2010) ont remporté le Ballon d’or alors qu’ils sont passés à côtés de leur Coupe du monde. Mais, il y a une bonne explication à cela. France Football et la Fifa s’étaient fusionnées en 2010 pour attribuer le trophée. Ce qui avait modifié littéralement les critères d’attribution. Le vote des entraineurs et des Capitaines de Sélections, majoritaires sur les journalistes avait influencé largement les choix. Faut-il préciser, par exemple, que pour les journalistes Messi n’était que quatrième en 2010. Alors que Wesley Sneijder, auteur d’une très grande saison avec l’Inter et d’une brillante Coupe du Monde avec les Pays-Bas, aurait dû avoir le Ballon d’or. Sur le vote global le Néerlandais n’était classé que quatrième.

Depuis Septembre 2016, le Ballon d’or est revenu à ses fondamentaux. L’accord avec la Fifa n’existe plus. Les Journalistes redeviennent les seuls décideurs du couronnement final. Ce qui change tout en réalité. C’est exactement sur la base de ce retour aux sources qu’on peut oser parler de redistribution de cartes.

Les Grands Perdants…

Messi est de toute évidence le grand perdant de cette Coupe du monde. Après une bonne saison en Club. La Pulga a inscrit 52 buts, remportant au passage le soulier d’or européen. Collectivement, il a remporté deux titres avec le Barca : la Liga et la Copa del Rey. Mais, son parcours décevant en Ligue des Champions avaient déjà compromis ses chances de Ballon d’or. Très attendu pour ce qui a été, probablement sa dernière Coupe du monde avec l’Argentine, Léo a été très décevant. Il n’a jamais été en mesure de redresser le navire. Au contraire, ils ont coulé ensemble. Son « bon match » contre le Nigéria n’aura été qu’un feu de pailles.

Neymar est l’autre grand perdant de cette Coupe du monde. Après une saison mitigée avec le PSG, l’ancien joueur de Santos avait tout misé sur le mondial pour réaliser ses rêves de Ballon d’or. Même si son Brésil était très armé pour lutter pour le titre, Neymar n’est pas parvenu à guider les siens jusqu’à la victoire finale. Le Parisien a eu certaines étincelles comme face au Mexique. Mais dans l’ensemble, sa prestation a été moyenne. Son image a même pris un sacré coup pendant son périple russe. Ses simulations, ses exagérations, ses plongeons resteront comme les faits marquants d’une Coupe du monde à vite oublier.

C. Ronaldo était moins décevant que ces deux autres concurrents. Il a plutôt été bon, en réalité. Son Portugal n’avait pas autour de lui les mêmes attentes que le Brésil et l’Argentine. Son triplé contre l’Espagne avait marqué les esprits. Mais, l’élimination dès les huitièmes de finale pour les champions d’Europe en titre, pourrait avoir des incidences malheureuses pour le Capitaine Lusitanien. Mais, sa campagne victorieuse en Ligue des Champions (la troisième de suite) avec le Réal. Ses Buts (meilleur buteur de la Compétition), dont un chef d’œuvre contre la Juventus de Turin pèseront lourds à la fin. On serait même tenté de dire que finalement le mondial n’a pas été si lourd de conséquences pour CR7. Mais, attention, la victoire des uns peut être la défaite des autres. Et de ce point de vue-là, C. Ronaldo a cédé du terrain à ses adversaires. Notamment ceux qui ont brillé pendant cette coupe du monde.

Mohamed Salah pouvait lui aussi être rangé parmi les grands perdants. Mais, arrivé blessé en Russie, au sein d’une équipe égyptienne très limitée. Le Pharaon éliminé dès le premier tour ne pouvait pas espérer grand-chose. Le Ballon d’or, c’est lors de la Finale de la Ligue des Champions face au Réal, qu’il l’a perdu.

Les Grands Gagnants…

Antoine Griezmann est depuis le dimanche 15 juillet dernier le grand favori pour remporter le Ballon d’or. Meilleur joueur de la Finale et troisième meilleur joueur de la compétition, Grizou sera l’homme à battre à la course pour le Ballon d’or. Il n’aura pas survolé le tournoi, mais il aura été précieux, présent dans les moments clés. Le Colchonero était dans tous les bons coups de cette équipe de France. Il n’a pas eu le Ballon d’or de l’épreuve, mais là encore, c’est de bon augure pour la suite. Zidane en 1998, Ronaldo en 2002, Cannavaro en 2006, Messi en 2010, Cristiano en 2014 n’avaient pas terminé meilleur joueur de la Coupe du monde. Très loin de là même dans les cas de Messi et de Cristiano Ronaldo. L’histoire récente est très favorable au no 7 Français, et elle risque de se répéter. Déjà qu’avec l’Atletico de Madrid, il avait brillé en finale de la Ligue Europa inscrivant un doublé face à Marseille. Le Palmarès, critère important dans le choix du ballon d’or, lui est favorable par rapport aux nouveaux prétendants. En 2016, il est monté sur le podium aux côtés des deux monstres. Sans faire de bruit, Griezmann se dirige tranquillement vers le ballon d’or.

Luka Modric a marqué beaucoup de points pendant cette coupe du monde. Sa cote est malheureusement redescendue, après la défaite de la Croatie en Finale face aux Bleus. Mais, sa classe, son sens du sacrifice et sa détermination ont guidé les Flamboyants. Généralement dans l’ombre au Réal, Luka est rentré dans la lumière. Il aura brillé de mille feux. Le titre de meilleur joueur de la Compétition, il ne l’a pas volé. Il a pris part activement au triomphe madrilène en Ligue des Champions. Si seulement, la Croatie avait gagné cette Coupe du monde…

Kylian Mbappé ! Il n’a que dix-neuf ans. Il n’a pas encore disputé deux saisons pleines. Il est déjà parmi les grands candidats à la Course pour le Ballon d’or. Et la Coupe du monde 2018 n’est pas étrangère à tout cela. Meilleur jeune joueur du tournoi, l’ancien monégasque aura marqué le mondial russe. Son but en finale et son doublé face l’Argentine l’ont propulsé vers la légende. Sa marche vertigineuse se poursuit et semble loin de s’arrêter. Son destin et celui du ballon d’or semblent être liés. Malheureusement pour lui, Paris avait échoué dans sa quête de Ligue des Champions. Mais, rien que sur le mondial, Mbappé s’est taillé une place au sommet du football mondial. Pour l’obtention du ballon d’or. Ce n’est qu’une question de temps.

On ne sait pas encore qui remportera le 62e ballon d’or. En sport, en football, on n’est jamais à l’abri des surprises, surtout quand c’est la subjectivité humaine qui vote. De toute façon, le vainqueur sortira des joueurs évoqués plus haut. Varane, Courtois, Hazard, auteurs d’une grande Coupe du monde, auront une carte à jouer, eux-aussi. Les dés ne sont pas encore jetés, car il reste quatre moins de compétition. Mais, le mondial a certainement redistribué les cartes.

Nathan Laguerre

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