Benoit d’Afrique: Quand la poésie n’est pas l’unique théurgie du poète

Le poète gonaïvien Benoit d’Afrique, de son vrai nom Carl Whistler Benoît, perche à Paris depuis quelques temps. Mais il n’est pas seul avec ses vers, un être apporte une touche singulière au tableau de sa vie. Il nous en parle.

LOOP: En se référant à tes premiers écrits et quelques-unes de tes premières lettres, on peut constater que tu parles énormément d’une certaine de Gracienne, est-ce ta muse, ton âmesœur, ta source d’inspiration, ou encore l’être de ton être comme tu l’as si bien relaté dans un court texte publié à son égard récemment ? Mais avant de nous donner ta réponse, et si tu te présentais brièvement cher Benoit, poète né dans l’âme.

BA: Eh bien, je suis ! Je suis ce que l’on appelle l’errance ou encore la dérive parfaite, plus formellement un chien errant dans ce bas monde littéraire ou science-fiction. Quant à Gracienne, elle est un peu de tout ce que tu viens de citer, même un peu plus je pense. Car si un jour, une nuit, je ne la vois pas, je ne la contemple pas, crois moi, il n’est de jour qui vaille d’être contemplé. Comment ne pas être poète ou s’estimer chanceux si la splendeur de son rire a de quoi à humilier les étoiles, comme la lumière du jour, une lampe, si l’insolence de sa beauté rare et fine a de quoi à faire honte à la dame lune à longueur de nuit – Comment ? Heureux le sol affamé qui goûte aux caresses de la souplesse de ses pieds menus. On n’a pas à être poète, Curé ou prosaïque pour avoir cette folle envie de se métamorphoser en exquise brise pour pouvoir lui chuchoter de doux couplets venus de l’empyrée de Beethoven ou qui n’ont jamais été subsistés, de temps en temps. Je pense qu’essayer de définir la place d’un être aussi cher de ce genre dans notre vie est quand bien même un peu osé. Est-ce sage de dire tout simplement qu’elle n’est qu’une muse, une source d’inspiration ou encore l’être de mon être si son sourire était et continue à être un siècle de bonheur pour mes yeux bénis ?

LOOP: C’est court, mais ça en dit long comme un siècle. Il faut bien avouer que l’arc de Cupidon ne t’a pas seulement effleuré mais transpercé pour ne jamais ressortir.
Par ailleurs, dans la majorité de tes rédigés, tu effleures à longueur de journée le thème d’ostracisme, ce qui engendre entre chaque interligne de tes lignes une tonne d’amertume et de mélancolie. Peux-tu nous dire un peu plus sur tes premiers cris, tes origines, tes racines ?

BA: Je suis étiqueté d’aucune nationalité absolue. Ou plutôt devrais-je dire, mes vraies racines ont été toutes précocement dénaturées, altérées par la morose, le morne ou encore la mélasse. Je ne connais aucun pays natal voire un logis constant, je ne vis que de bons vers, de rimes parfois solitaires ou encore raffinées et d’humanité. Et parfois, je trinque à la vie, bien que celle-là ne m’a jamais justement aimé ou plutôt ne m’a jamais demeuré fidèle, mais quand bien même je trinque en son renom pour ses vertus, ses routines et son caractère charlatan, avec le peu de vestiges de joints languissants qui oint dans l’abysse de mon gobelet, je trinque à son mérite. Quand la nostalgie ou la mélancolie fait son opéra dans tes tympans, souviens-toi que nul feu s’embrase sans raison, nulles pluies n’abandonnent l’empyrée sans but, toutefois qu’il te reste un peu de matière grise, un peu d’aisance, il y a de quoi à espérer, de quoi pour être objectif. Être un poète, c’est déjà un pas selon moi.

LOOP: On dit souvent que le cœur a ses mémoires, selon toi, quelles sont celles de ton cœur ?

BA: Les réminiscences d’un passé orné de maux, de drames, de bonheur, d’allégresse, de sourire, d’estime et de deuil qui côtoient ma plume et planent à longueur de journée. Ce sont mes plus chics factums, hélas. Encore, je me souviens de cette rencontre précoce-là, c’était en toute liberté que la solitude s’est obliquée comme un arc, non pour me darder de flèches, mais pour m’exprimer âprement, comme on pourrait le faire à un jeune ami, ou encore, pourquoi pas, à un enfant pas encore sevré qui pleure sans cesse. Elle m’a abordé en étant très jeune et impubère et on s’est fiancé prématurément. Il est des aubes, la plupart du temps, je me fais aussi caboter par la morose, le remord ou encore les séquelles de mon ostracisme. Dans l’abysse de mes nuits grises, où le morne capitule des vers comme il peint, comme il chantonne, comme il philosophe, comme il farandole, à flots de gorgées, je me suicide dans ma tasse d’insomnie. – De chair en os, de la surface jusqu’aux tripes, l’amertume me ronge et sonde les nuances de mes quotidiens assombris depuis, jusqu’à nos jours, je ne fais que m’arsouiller de mes rimes et mes vers, tantôt aux sapidités fades tantôt aux fumets d’une bonne cigarette. Voici, ce que mon cœur garde comme mémoires.

LOOP: Merci à toi, Benoît, pour cette fructueuse balade dans étonnant univers poétique. Nous publions in extenso une de tes lettres adressées à ta chère Gracienne.

BA: Merci au staff de Loop Haiti. Et qu’on s’abreuve d’amour!

Lettre adressée à Gracienne lors de son séjour à Montpellier.

Paris le 11/15/17

Ô ma bien-aimée, mon zéphyr, ma Cafrine aux yeux braises d’outremer, depuis la tombée de l’aube vadrouille dans ma tasse de tisane un ignoble désarroi qui prend forme d’atroce angoisse et une solitude sans nom, sans visage, qui coïncide à celle que jaillissait l’empyrée le jour de l’essor de ma regrettée mère.—

Je suis pris de vertige et je tombe indéfiniment dans la peur la plus raide. Tu dois savoir que depuis ton départ pour Montpellier, il est des jours où je vomis l’idée que tu puisses te retrouver aussi loin de mes bras, aussi loin de mon [Moi] j’essaie de toutes mes forces pourtant de m’en persuader, de me dire que tu n’es qu’à quelques pas de mon logis, [mon cœur ] et il est des aubes que je touche à la pointe outrée de mon espoir. Je sais que je t’aime au-delà de mes orées humaines, mais ce matin, j’ai bien l’émoi que je t’aime au-delà de l’au-delà et ceci avec fureur, zèle, constance et que souvent, je voudrais t’embrasser a t’étouffer, et nul ne pourra comprendre ma joie et ma peine, car sur la pointe de tes lèvres, la vie m’a concédé toutes ses joies, toutes ses ivresses et toutes ses prolificités.

Tu dois sans doute savoir aussi ma belle que mes six heures du matin sont toujours bourrues, le soleil ne rit plus, quant à la lune, elle gît. Je suis flapi de ces matins mornes et sans ébahies, sans ta voix, sans ton corps, sans ta chaleur. Avec des après-midi sans le coucher du soleil, sans l’arôme de ta douce peau d’ébène. Ce matin, j’ai hardi de satisfaire mes tympans avec ta cassette de Nina Simone – que tu avais acquise à Béziers l’an dernier- il pluviote , le gris, la mélasse, la nostalgie et ton absence me tue à pas de pluies d’hivers. Ô Gracienne, la prunelle de mes yeux, ma force et ma belle amour humaine! En regardant ton portrait sur la table de nuit au chevet du lit, avant de m’endormir dans l’abysse de ton émanation, j’ai eu encore une fois les yeux de Chimène, comme au premier jour dans le quartier de Georges Bernanos. Ah Gracienne! Si seulement tu avais une miette idée de mon état actuel, tu serais en pleurs et en mille morceaux. Je n’écris plus, plus rien ne m’inspire, pas même une clope voire La Seine. Jour et nuit, je ne fais que cultiver nos dernières journées albigeoises.

Ce soir, au bord des flots de la nostalgie, de la joie et de la gratitude, je t’écris ces mots sur mes genoux adossé au pied de l’armoire, juste pour te dire combien tu me manques, et que hormis toi, une grande partie en moi reste infirme à perpétuité.

Ton cher d’Afrique

Propos recueillis par Loop Haiti

Source: loophaiti

Vous aimerez sûrement aussi Plus de cet auteur