Charles Castel : « il revient au dollar de combattre le dollar »

Depuis deux mois, le gouvernement a pris un arrêté portant sur l’interdiction de facturer en dollar américain les transactions commerciales effectuées sur tout le territoire en vue de protéger la monnaie nationale. Invité à exposer les défis de la croissance économique en Haïti, le mercredi 9 mai, à l’Université Quisquéya, dans le cadre d’un cours intitulé « Économie haïtienne », Charles Castel, ancien gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), a émis son opinion sur cette mesure prise par l’administration Moïse-Lafontant visant la dédollarisation de l’économie du pays.

« Un arrêté ne peut pas résoudre le problème relatif à la fluctuation du taux de change », a affirmé l’ancien gouverneur Charles Castel. Pour lui, la formule est simple. « Il revient au dollar de combattre le dollar », a-t-il soutenu. M. Castel a fait comprendre que des mécanismes devraient être mis en place pour stimuler la production afin de permettre au pays d’exporter plus et d’importer moins. À ce moment-là, l’ancien gouverneur prévoit qu’il y aura suffisamment de liquidités en dollars dans l’économie pour que le billet vert cesse de s’apprécier jour après jour.

Pour mieux se faire comprendre, Charles Castel a expliqué que le dollar doit être perçu comme un bien. Et, comme tout bien ou service, le dollar n’échappe pas à la loi de l’offre et de la demande. « La relation entre l’offre et la demande n’a pas changé. La valeur d’un bien ou d’un service augmente lorsque la demande est supérieure à l’offre », a expliqué l’ancien gouverneur de la banque centrale qui répondait aux questions des membres de l’assistance suite à son exposé dans le cadre de ce cours dispensé par les professeurs Kesner Pharel et Etzer Émile sur l’économie haïtienne à l’Université Quisquéya.

Face à la décision de l’administration Moïse-Lafontant d’interdire l’utilisation de la monnaie américaine dans les transactions commerciales en Haïti, les agents économiques s’adaptent rapidement en fixant les prix en gourdes mais en fonction de leur propre taux de change. Cette réaction des agents économiques ne surprend pas l’ancien numéro un de la BRH. « On ne peut pas demander à un agent économique de ne pas se prémunir contre un risque qui existe », a-t-il argué.

En ce qui a trait à la BRH, M. Castel a souligné que la BRH fait jusqu’ici un bon travail. « On constate actuellement une tendance à la hausse en ce qui concerne le taux de change, a déclaré Charles Castel. Les gens se plaignent, mais ils oublient qu’il fallait avoir à un certain moment 79 gourdes pour un dollar. La BRH avait réussi à faire baisser le taux de change autour de 62 gourdes pour un dollar. Aujourd’hui, sur le marché de change, le dollar s’achète à 66 gourdes et les personnes qui paient leur loyer en dollar ont la possibilité d’économiser de l’argent par rapport au moment où la monnaie locale frôlait la barre de 70 gourdes pour un dollar. »

Plus loin, l’ancien gouverneur a nuancé un peu : « La BRH applique une politique monétaire qui donne de bons résultats à court terme à l’instar de ses injections de dollars sur le marché de change. Par contre, sur le long terme, les résultats ne sont pas fameux. En réalité, les réponses à l’inflation et à la fluctuation du taux de change doivent être systémiques. Il faut mettre le cap sur la production », a soutenu Charles Castel.

Il y a deux mois depuis que cet arrêté a été pris pour interdire que les transactions commerciales effectuées dans le pays soient libellées en dollars américains, une circulaire d’application, annoncée par le gouvernement, se fait encore attendre. Entre-temps, les consommateurs sont ceux qui paient pour l’instant le pot cassé.

Source: le nouvelliste

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