Corruption : l’ennemi commun de l’Etat et du secteur privé organisé

Le pays a des lois et des institutions chargées, en principe, de prévenir et de réprimer les crimes, délits financiers et autres actes de corruption. N’empêche, Haïti, depuis un bail, est classé parmi les pays où l’indice de perception de la corruption est le plus élevé dans le monde. Pour lutter « efficacement » contre ce phénomène dont les effets sont nocifs pour les finances publiques, l’économie nationale et les plus humbles, l’État et le secteur privé organisé se sont mis d’accord sur un mémorandum d’entente. Cette entente, qualifiée de « grande première » par le directeur de l’ULCC, David Bazile, « jette les bases d’un partenariat » « productif » et « durable » avec le secteur privé organisé.

Toutes les dispositions susceptibles de faire avancer la lutte contre la corruption, « obstacle presque insurmontable pour le développement économique », génératrice d’injustice et d’inégalité, a promis le directeur de l’ULCC, devant témoins- fonctionnaires, diplomates, représentants de bailleurs de fonds, responsables d’organisations de la société-, lors d’un dîner-débat, à la salle de convention de la BRH, le vendredi 27 avril 2018. Pour obtenir des résultats probants, David Bazile soutient que sa stratégie mise sur la pédagogie pour comprendre la corruption et la répression du phénomène.

Le patron du forum économique du secteur privé, Bernard Craan, opte pour la ligne dure. « Il est temps que des exemples soient tracés, que la corruption coûte cher à ceux qui la pratiquent », a-t-il dit, estimant que l’impunité généralisée banalise les actes de corruption, conforte les corrupteurs et les corrompus. Le secteur privé organisé n’accepte pas la contrebande, l’action nocive des prébendes qui disposent de beaucoup d’argent pour soudoyer. Le système de corruption généralisé dans le pays c’est aussi la spoliation et les autres actes qui plombent les investissements privés générateurs d’emplois.

Avec le découragement de l’investissement, si l’on devait utiliser les quatre milliards de dollars disponibles dans tout le système bancaire, quelque 200 000 emplois seraient créés. Ils seraient loin de suffire car chaque année, ils sont au moins 200 000 jeunes à frapper aux portes du marché du travail, a expliqué Bernard Craan, encouragé par ce mouvement mondial contre la corruption dans le monde dont les vagues déferlantes ont emporté des présidents.

Pour Vincent Degert, représentant de l’Union européenne, le mémorandum d’entente marque l’engagement du secteur privé dans le combat contre la corruption. Il constitue aussi une étape importante dans le partenariat entre le secteur public et le secteur privé dans la lutte contre ce phénomène, a indiqué le diplomate, soulignant que cette « lutte est sensible », « complexe », « délicate », tantôt boudée, tantôt instrumentalisée. Sans s’ériger en donneur de leçon, compte tenu du fait que l’Europe n’est pas exempte du phénomène, Vincent Degert a proposé des salaires décents pour les fonctionnaires publics pour qu’ils puissent mieux résister aux sirènes de la tentation. Ils seraient plus en condition de confondre l’importateur qui cherche des exonérations opaques, les sur-déclarations, les sous-déclarations. Le fonctionnaire résisterait mieux aussi aux offres pour surfacturer et obtenir des pots-de-vin en retour, a indiqué Vincent Degert, qui insiste sur le caractère protéiforme de la corruption. L’interconnexion des bases de données des douanes avec la DGI, l’accessibilité des déclarations de patrimoine peuvent donner plus d’informations sur les intéressés. Le croisement de ces informations peut être important dans la lutte contre la corruption, qui est longue, pénible et dangereuse, a expliqué Vincent Degert, qui estime nécessaire d’avoir une loi sur les lanceurs d’alerte et les témoins.

Le mémorandum d’entente est, pour le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Salomon, l’illustration de l’engagement de la nation, une dynamique nouvelle, une conjonction de volonté positive de l’ensemble des acteurs pour collecter l’ensemble des ressources de l’État. Pendant une demi-heure, le président Jovenel Moïse a salué la volonté des secteurs privé et public de s’unir dans la lutte contre la corruption, a dénoncer les campagnes à travers des médias pour étiqueter des citoyens n’ayant rien à voir avec la corruption. Le chef de l’État a indiqué que le pays perd 100 milliards de gourdes chaque année à cause de la corruption. Il a souligné que si le focus était mis sur la frontière où l’on estime à 400 millions de dollars le montant non perçu à cause de la contrebande, les ports et les aéroports ne sont pas épargnés. La corruption gagrène ce pays. Avec la corruption il n’y a pas de croissance. Il ne peut y avoir de croissance, a dit le chef de l’État qui se rejouit de ce partenariat. Nous allons combattre ensemble pour changer les habitudes. Le sous-developpement n’est pas une fatalité, a-t-il insisté, fier d’être sur le front, aux côtés de partenaires du secteur privé dans cette lutte. L’État, dépositaire de la force légitime, sévira également, a indiqué le chef de l’exécutif.

Pour le président Jovenel Moïse, chantre de la confiance à créer entre nous, les élites politique, économique et intellectuelle sont à la croisée des chemins, observées par la jeunesse qui attend d’autres alternatives. « Le pays attend beaucoup de ces élites », a souligné Jovenel Moïse, président d’un État classé 158/180 pays dans le classement sur les indices de perception de la corruption qui s’allie avec le secteur privé, loin d’être un bloc homogène, un repaire d’enfants de chœur dans la lutte contre ce phénomène.

Source: le nouvelliste

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