Dédolarisation : « C’est une décision positive…qui peut provoquer n’importe quel résultat », estime l’économiste Etzer Émile

Les réactions se multiplient depuis la publication de l’arrêté présidentiel portant obligation de libeller les transactions commerciales sur le territoire dans la monnaie nationale qui est la gourde. Si la décision déconcerte certains acteurs économiques, stupéfiés, elle n’a pas semblé surprendre l’économiste Etzer Emile, qui ne la désapprouve guère. « En fait, je crois que c’est une décision positive », affirme l’économiste, qui était l’invité de l’émission Sak k ap Kwit présentée ce lundi sur la chaîne 20.

« Je crois qu’il y a trop de désordres dans les opérations de change en Haïti. Cela provoque beaucoup de spéculations et a des impacts sur les prix qui ne peuvent pas être contrôlés par les autorités monétaires », fait savoir l’économiste Etzer Emile, arguant que l’on ne peut contrôler une monnaie que l’on n’émet pas.

L’auteur de l’ouvrage à succès « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre. Les vingt raisons qui le prouvent » évoque les sérieux problèmes qui surviennent dans les pays où il existe la double circulation de monnaies, notamment, dit-il, en termes de déséquilibre macroéconomique. « Il est plus difficile de garantir la stabilité des prix dans l’économie quand il existe une double circulation de monnaies…». Les expériences de plusieurs pays de l’Amérique latine démontrent qu’il n’est pas toujours facile de maintenir la double circulation de monnaies, remarque l’économiste.

Avec une monnaie unique, l’économie nationale devrait faire baisser théoriquement la pression pour avoir des devises. La demande du dollar devrait alors diminuer. Sa valeur s’abaissera, souligne-t-il, estimant que l’on devrait s’attendre (en conséquence) à une appréciation de la monnaie locale. Analysant la situation, comme pour anticiper, l’économiste croit que la décision (sortir de la double circulation à la circulation unique de monnaie) ne sera pas sans conséquences. Elle peut aller jusqu’à créer de la panique. « À court terme, ajoute-t-il, la panique ne sera pas évacuée. Elle peut provoquer n’importe quel résultat…», poursuit-il, évoquant sa difficulté à fournir des précisions sur ses prévisions. Puisque les gens comprennent qu’il va y avoir une rareté du dollar sur le marché, l’économiste pense qu’on peut assister à un décollage du taux de change dans les semaines et mois à venir.

À la question de savoir si la décision sera maintenue, le professeur Etzer Emile, prudent, croit qu’il revient à l’État de prouver s’il a les moyens de sa politique. « Ce serait très laid pour l’État de ne pas avoir les moyens d’appliquer une telle décision applaudie par certains secteurs », estime celui qui pense que l’État a besoin de trouver des mesures d’application, en fixant certaines limites. « Je ne sais pas si elles (autorités étatiques) mesurent le poids de cette décision », s’interroge l’économiste qui reconnait néanmoins la légalité de la décision, même s’il estime qu’il y avait nécessité d’en discuter (au préalable) avec les autres acteurs économiques.

source: le nouvelliste

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