Deux agronomes haïtiens veulent empêcher la disparition des mandarines de La Vallée de Jacmel

« Votre article nous a permis de prendre connaissance de ce phénomène nouveau, de son impact sur l’économie de la zone et cela nous a incités davantage à agir », a écrit Stevennson Mérolin dans une correspondance adressée au rédacteur en chef Frantz Duval dans laquelle il informe qu’il se trouvait en République dominicaine au moment de la parution de l’article pour des études en agronomie. 

Ayant pour objectif l’identification de l’agent pathogène à l’origine de la maladie des citrus à La Vallée de Jacmel, l’étude « Identification de l’agent pathogène causantla maladie des citrus, centrée sur le mandarinier (Citrus reticulata) de La Valléede Jacmel, République d’Haïti », réalisée entre août 2016 et mars 2017, dans cette commune du département du Sud-Est, a été présentée le 8 juillet dernier dans les locaux de l’école des frères de La Vallée deJacmel et dont une copie nous a été envoyée. 

À la suite des études menées en laboratoire, une enquête a été réalisée sur un échantillon de 50 familles au sein des trois sections communales pour déterminer l’impact de l’agent pathogène sur les plantes de la famille des rutacées, en se basant sur le pourcentage de citrus morts, malades et sains sur toutes les espèces cultivées.

 Le nombre de mandariniers morts s’élève à 57,49 %, ceuxqui sont malades à 36,35 % et 6,15 % pour ceux qui sont sains ou probablement résistants. La quantité la plus élevée de plantes saines, 17,68 %, appartient à l’espèce des orangers amers tandis que lesorangers doux ne représentent seulement que 4,10 % de plantes saines. 

Les citrus sont donc infectés par un vecteur qui est un insecte de la famille des Psillidae nommé « Diaphorina citri » et l’autre vecteur secondaire se nomme « Trioza erytreae », ont fait savoir les deux agronomes. « Les pertes économiques enregistrées sur une année dans la production d’agrumes peuvent donc être estimées à plus de deux milliards de gourdes », estime le rapport, résultat du déclin de la production d’agrumes à La Vallée de Jacmel depuis quelques années, précisant que 70 % des Valléens utilisent les agrumes, notamment la mandarine (citrus reticulata), comme principal moyen de subsistance. 

Les résultats de l’enquête ont révélé que chez les mandariniers, introduits à La Vallée dans les années 1940, il existe un pourcentage plus élevé de plantes mortes que de plantes malades ou saines. La récolte d’un seul mandarinier pouvant rapporter environ dix mille gourdes à un cultivateur dans cette région. Plusieurs facteurs sont à la base de cette baisse de production, notamment l’apparition d’une maladie violente qui se manifeste par une chlorose au niveau des feuilles qui empêche la plante de réaliser dans toute son intégralité l’une de ses activités physiologiques : la photosynthèse.Dans le cas des mandarines par exemple, les fruits sont avortés, avec une concentration d’acide très élevée et ne contenant que très peu de jus, ce qui, dans la plupart des cas, conduit à la mort prématurée de la plante. Si la bactérie (Candidatus liberibacter) reste encore indestructible, les deux chercheurs soutiennent qu’il est possible de prévenir lamaladie moyennant l’utilisation d’une série de méthodes qui peuvent, selon eux, conduire à d’excellents résultats.

 « Il est, par exemple, fortement déconseillé d’appliquer des bactéricides sur les plantesinfectées en vue de ne pas augmenter la résistance de la bactérie, sachant que cette dernière pourrait s’étendre sur une période de 5 à 10 ans », recommande cetteétude. 

Entre autres recommandations dansle cadre de la lutte contre la maladie des citrus, Stevennson Mérolin et Johnny Duperoy conseillent aux agriculteurs et agricultrices de préparer et désinfecter les sols avant la plantation, d’éviter de propager la maladie par greffage, de lutter biologiquement contre les insectes vecteurs en utilisant des champignons entomopathogènes, de détruire toutes les sources de prolifération de l’insecte ou de la bactérie en éliminant toutes les espècesde citrus déjà contaminées, de contrôler les frontières, les douanes et les aéroports pour éviter que n’entrent dans le pays des matériels végétaux de la famille des rutacées, de multiplier les espèces résistantes à la maladie par la méthode embryogénèse somatique (clonage), au moyen d’un laboratoire de biotechnologie.

Les institutions qui ont supporté la réalisation de l’étude : LEOS HAITI, La Mairie de La Vallée, L’école Technique ETFAG, OUVAP, PARHE, La Vallée de Demain, L’école IPEPH, Bibliothèque BCAL, CODEVA
Source : le nouvelliste

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