Émeutes de juillet, PetroCaribe, transition de la MINUJUSTH dans le menu d’un rapport onusien sur Haït

«Depuis, les autorités haïtiennes n’ont pas cherché à remédier aux causes profondes de la précarité sociale, alors que le processus de ratification par le Parlement de l’énoncé de la politique générale du Premier ministre nommé et la prise de fonctions du nouveau gouvernement sont en attente», a regretté Mme Keita, rappelant que la flambée de violence, marquée par des pertes en vies humaines et des actes de destruction, qui a touché le pays en juillet dernier à la suite de la suppression des subventions aux produits pétroliers, entraînant notamment une hausse du prix du kérosène de 38%.

Invité à faire valoir au Conseil de sécurité ses vues et observations sur le rapport, le chef de la délégation de la République d’Haïti, l’ambassadeur Denis Régis, représentant permanent de la République d’Haïti auprès des Nations Unies, a soutenu que la stabilité politique du pays n’a pas été remise en cause, ni les conquêtes démocratiques, ni les nombreux acquis de ces dernières années. « Le pays a été soumis à rude épreuve, nul ne peut le nier, mais la crise a été surmontée. La nation s’est vite ressaisie. Les institutions de la République ont fait la démonstration de leur maturité. L’autorité de l’État est aujourd’hui restaurée, et la paix civile est maintenue », a répliqué l’ambassadeur haïtien soulignant la désignation par le président de la République d’un Premier Ministre, Jean Henry CEANT, issu des rangs de l’opposition, chargé de former un gouvernement d’union nationale.

Par ailleurs, la Sous-secrétaire générale a également pointé du doigt le ressentiment populaire alimenté par des révélations sur les avantages présumés des fonctionnaires et le débat sur l’utilisation discutable des fonds PetroCaribe. « Les gangs, en particulier dans la capitale, continuent de mettre la Police nationale haïtienne à l’épreuve », a-t-elle dit.

Mais, pour l’ambassadeur Régis, « malgré les énormes difficultés rencontrées, malgré la crise de juillet et malgré la faiblesse des ressources disponibles, des efforts soutenus sont enregistrés quotidiennement dans la plupart des domaines visés, qu’il s’agisse du renforcement de l’Etat de droit, du système de justice et de la Police nationale, qu’il s’agisse de la protection et de la promotion des droits de l’homme ». Et, parmi les indicateurs qui témoignant de ces efforts et des démarches en cours, le diplomate a cité, à titre purement indicatif, « l’intensification de la lutte contre la corruption – comme l’illustre la saisine du dossier Petro Caribe par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour les suites jugées nécessaires ».

Sur ce point, l’ambassadeur Jonathan Cohen, Représentant adjoint permanent des Etats-Unis auprès des Nations Unies, a estimé qu’« il faut réaliser plus de progrès dans la lutte contre la corruption » en Haïti. « Personne ne doit être au-dessus des lois », a-t-il martelé appelant le gouvernement d’Haïti à travailler avec la MINUJUSTH et les partenaires internationaux pour renforcer ses institutions du secteur judiciaire, y compris ses organes œuvrant contre la corruption et à promouvoir les réformes judiciaires pour lutter contre l’impunité et renforcer l’état de droit.

« Il est impératif que les responsables corrompus ou toute autre personne impliquée dans des violations des droits de l’Homme soient tenus responsables de leurs actes », a poursuivi l’ambassadeur Jonathan Cohen exhortant le gouvernement d’Haïti à accorder la priorité au développement et à la professionnalisation de sa police nationale et veiller à ce que l’institution demeure apolitique.

« Le prochain gouvernement aura pour tâche, entre autres, d’organiser les prochaines élections législatives prévues en octobre 2019, et d’intensifier la lutte contre la corruption, tout en poursuivant vigoureusement les réformes structurelles indispensables à la relance de la croissance et du développement durable », assuré, pour sa part, Denis Régis, réclamant de l’ensemble des partenaires de la communauté internationale une meilleure prise en compte de l’extrême vulnérabilité de la population dans le cadre de l’aide publique au développement, et, tout particulièrement, de l’opportunité de mesures d’accompagnement indispensables dans la mise en application des programmes d’ajustement structurel.

Plus loin, Mme Keita a ensuite mentionné les défis qui demeurent pour le passage sans heurt vers une présence des Nations Unies en Haïti autre qu’une opération de maintien de la paix d’ici au 15 octobre 2019. En ce sens, le rapport précité du Secrétaire général comprend en annexe les 46 indicateurs retenus pour surveiller les progrès accomplis dans la mise en œuvre d’une stratégie de sortie de la MINUJUSTH, comme souhaité par le Conseil.

« Tout sera mis en œuvre pour que se réalise comme prévu […] une transition sans heurts de la MINUJUSTH vers une présence des Nations Unies qui ne soit plus axée sur le maintien de la paix », a donc promis le représentant d’Haïti auprès de l’ONU alors que la Sous-secrétaire Keita a noté, à l’instar de nombreuses délégations, les progrès inégaux accomplis en vue de cette transition. Elle a, en particulier, déploré la lenteur des progrès dans l’adoption de lois visant à améliorer l’accès à la justice et le fonctionnement de l’administration pénitentiaire. « Quant aux indicateurs relatifs à la nomination des membres du Conseil électoral permanent et à une représentation suffisante des femmes au sein de la Cour de Cassation, ils n’ont pas été atteints », a-t-elle déclaré.

Source: le nouvelliste

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