FMP-UEH : Le décanat exige une thèse avant l’accès au diplôme, des jeunes médecins évoquent une décision arbitraire

Les violons ne s’accordent pas entre le décanat de la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université d’État d’Haïti (FMP/UEH) et des jeunes médecins, fraîchement sortis en service social, particulièrement de la promotion Buffon Mondestin (2010-2016), suite à la décision leur exigeant de présenter une thèse avant d’obtenir leur diplôme. La décision est prise afin de permettre à la FMP de s’accommoder à certaines exigences académiques recommandées internationalement, à en croire le Dr Jude Milcé, vice-doyen aux affaires académiques. Cette décision, qualifiée d’arbitraire par ces jeunes médecins, semble avoir des conséquences sur ces derniers s’indignant d’être jusqu’à présent dépourvus d’attestation, voire de diplômes, même lorsqu’ils affirment avoir bouclé leur cycle de formation, leur année en internat et en service social.

Ils indiquent avoir acheminé lettre, note et pétition aux responsables, mais toutes les démarches semblent se révéler vaines. Les jeunes médecins de la promotion 2010-2016, appuyés par d’autres groupes d’étudiants, ne voient pas d’un bon œil la décision du décanat de la FMP d’exiger la présentation de leur thèse avant l’obtention de leur diplôme. En plus du caractère illégal évoqué, ces jeunes étudiants, à peine sortis du service social et pour qui une cérémonie de remise symbolique de parchemins a été tenue en août 2017, se retrouvent dans une impasse. Ils n’ont même pas accès à une attestation de diplôme, contrairement aux deux promotions précédentes de jeunes médecins, leur permettant d’obtenir leur licence les habiliter à fonctionner sur le marché du travail.

Dans une pétition signée, ils critiquent le fait par le décanat de faire usage d’une simple note pour annoncer l’exigence de la présentation de la thèse avant d’obtenir leur diplôme de docteur en médecine. La décision est jugée hâtive et non consensuelle par les concernés qui soulignent avoir proposé des pourparlers aux responsables qui se révèlent jusqu’ici vains. Non qu’ils rejettent la logique de la présentation de la thèse, mais les jeunes médecins réclament des documents qui peuvent en attendant leur permettre d’exercer leur profession. Et, dans une note, ils évoquent ce qu’ils appellent le « contexte brutal et illégal » de l’instauration de la thèse.

Le 22 juin 2018, des jeunes médecins de la promotion 2010-2016 ont envoyé une lettre à des instances, dont les vice-rectorats aux affaires académiques et de la recherche de l’UEH, aux professeurs de la FMP, ainsi qu’à d’autres organismes qui travaillent au niveau de la santé. Dans cette adresse, ils relatent « être victimes d’actes arbitraires du décanat de la faculté, refusant de nous octroyer nos diplômes dument conquis après tant d’efforts et de sacrifices », lit-on.

Le caractère illégal de la thèse évoqué par les jeunes médecins…

Si certains de ces jeunes médecins non encore diplômés essaient de s’accommoder à cette exigence, d’autres, toutefois, manifestent leur réticence à la démarche. C’est le cas des étudiants de la promotion 2010-2016 qui brandissent particulièrement l’article 5 du règlement interne de la FMP, stipulant que «…les études qui conduisent au diplôme de docteur en médecine durent 6 années et comprennent une année prémédicale, 4 années d’études médicales et une année terminale dite d’internat». Ajoutez à cela l’article 202 précisant que « …l’interne doit obtenir une note égale ou supérieure à 65 points sur 100 pour chaque stage pour avoir droit au diplôme de docteur en médecine. Toute note inférieure à 65 points sur 100 met l’intéressé dans l’obligation de reprendre le stage défaillant avant d’obtenir son diplôme ».

Les jeunes médecins reviennent sur le décret du jeudi 7 mai 1981(Moniteur, 136e année, no 37), soulignant que, dans son article 2, « a droit au diplôme universitaire de docteur en médecine, tout étudiant en médecine, haïtien ou étranger, qui, en accord avec les règlements de la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université d’État d’Haïti, aura subi avec succès les examens de fin d’études médicales ». Et parce qu’ils disent avoir franchi toutes les étapes requises, ces étudiants réclament alors leur diplôme de docteur, comme le garantissent les règlements internes et ledit décret. « Haïti n’a jamais ratifié aucune convention, aucun traité faisant l’exigence à ces médecins de présenter une thèse pour obtenir le grade de docteur en médecine », écrivent-ils dans une note en date du 22 juin 2018.

Le décanat veut corriger une erreur qui se pratique dès l’existence de la faculté

Il faut remarquer qu’en juin 2017, le décanat de la FMP avait fait état, dans un avis, du caractère obligatoire de la soutenance de la thèse amenant à l’obtention du diplôme de docteur en médecine. La décision devait avoir effet à partir de la promotion 2009-2014. Il faut remarquer plus loin un autre avis soulignant qu’au médecin, à partir de 2019, ne pourra accéder à la résidence hospitalière sans « une preuve avérée » de la soutenance de sa thèse de doctorat en médecine.

Le vice-doyen aux affaires académiques de la Faculté de médecine, le Dr Jude Milcé, justifie la décision par rapport aux exigences liées à l’accréditation requise des différentes facultés de médecine en Haïti d’ici 2023. Cette accréditation qui devra habiliter les médecins formés en Haïti à pratiquer la médecine à l’étranger. En 2019, la FMP sera évaluée par un comité international en liaison avec la Conférence internationale des doyens de facultés de médecine d’expression française (CIDMEF). Et la démarche d’accréditation de la FMP se fait en partenariat avec les Universités de Montréal, de Laval ainsi que de l’Agence universitaire francophone (AUF), avance le vice-doyen.

En fait, à en croire le Dr Jude Milcé, depuis 2014, la FMP a voulu commencer à donner le nouveau ton, en sollicitant une thèse de la part de tout étudiant finissant en médecine avant d’obtenir son diplôme de médecin. « Nous voulions corriger une erreur qui se pratique à la faculté qui produit des docteurs depuis 150 ans sans une présentation de leurs thèses, étant une exigence mondiale », explique le vice-doyen. La thèse, étant un travail scientifique, correspond à la deuxième fonction de la faculté dans la démarche vers l’accréditation, la recherche, venant après l’enseignement et avant la responsabilité sociale ou le service à la communauté.

Réagissant sur le fait que la disposition n’était pas prévue dans les règlements internes de la FMP, Jude Milcé rétorque néanmoins avec la logique de la « hiérarchie de normes »., les conventions priment. Et Haïti est membre de CIDMEF, rappelle le responsable, avant de remarquer que ledit règlement appelé « le livre Vert » de la FMP, en vigueur depuis 1983, « n’est pas mis à jour ». En ce sens, un travail de révision, du moins une réforme appropriée est en cours.

Source: le nouvelliste

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