Intégration d’Haïti à la Caricom, Jovenel Moïse promet « agilité » et « vitesse »

Port-au-Prince accueille lundi et mardi la réunion semestrielle de la Caricom à laquelle participent des délégations de 19 pays de la région. Les principaux accès à l’hôtel Marriott à Turgeau où se déroule l’activité sont bloqués presque à longueur de journée, par mesure de sécurité, provoquant ainsi des embouteillages monstres dans les artères avoisinantes. Outre les délégations étrangères, les ministres du gouvernement, des directeurs générateurs et d’autres fonctionnaires de l’État ainsi que des membres du secteur privé ont marqué leur présence à l’ouverture de l’événement.

À la première journée, les discussions portaient sur les principaux problèmes liés à l’environnement, la sécurité, la criminalité, la lutte contre la corruption. Mais les sujets clés liés à l’intégration d’Haïti à l’organisme régional sont toujours dans l’agenda, notamment la libre cicurlation des biens et des personnes, l’adoption du créole et du français comme langues officielles, la mise en œuvre des dispositifs et des composantes du Marché et de l’économie uniques, le transport… Les autorités haïtiennes doivent débattre de ces questions pendant les deux jours des assises pour tenter d’avancer dans cette lente marche d’intégration. D’éventuels accords signés ou des solutions apportées à certains problèmes seront dévoilés ce mardi à la fin de l’événement.

Secoués très souvent par des catastrophes naturelles, les pays de la communauté accordent une importance particulière à ce fléau. Comme il l’a annoncé à Paris en décembre dernier, le président de la République plaide pour un fonds d’assurance afin de répondre plus rapidement aux besoins des pays affectés par des catastrophes naturelles, notamment dues au réchauffement climatique. « Selon les experts, la fréquence de ces phénomènes tend à augmenter, a rappelé Jovenel Moïse à l’ouverture de l’événement. Cette situation causera des pertes et dommages, parfois irréversibles, pouvant ralentir sérieusement le développement socio-économique des pays de la région et, en même temps, miner les lourds efforts engagés en vue d’atteindre les objectifs de développement durable vers l’horizon de 2030. »

Face aux menaces environnementales, le chef de l’État, qui assure la présidence de la Caricom jusqu’en juillet, appelle les leaders de la région à « tout faire pour le respect des engagements internationaux, le maintien du momentum de l’Accord de Paris ainsi que l’impulsion pour une nouvelle dynamique en faveur de l’action climatique confrontée au défi de son implémentation ».

« L’un des instruments préconisés par la Banque mondiale serait de mettre en place un mécanisme de financement ex ante, basé sur une stratégie qui permet de déployer rapidement un plan d’actions fiable à même de s’adapter à l’évolution des menaces », a avancé Jovenel Moïse. Selon lui, « cette stratégie requiert, entre autres, de la détermination régionale, un plan coordonné, un processus décisionnel rapide et enfin, un fonds de réserve pour lancer les premiers travaux de reconstruction ».

Le crime et la violence

Conscient des défis auxquels fait face la région, le secrétaire général de la Caricom, Irwin LaRocque, a attiré l’attention sur d’autres attentes. Il soutient que seul un effort commun et à long terme peut aider à relever les défis. « Alors que nous mettons en commun nos ressources et nos stratégies pour combattre les effets dramatiques du changement climatique, nous devons contrer une autre menace pour nos sociétés, le crime et la violence », a indiqué Irwin LaRocque, en ouverture de la réunion des chefs d’État et de gouvernement.

« La sécurité reste et demeure la clef de voûte pour le bon fonctionnement, par exemple, du secteur touristique régional, locomotive de l’économie de la grande majorité de nos membres », croit, pour sa part, le président de la République.

Selon lui, le crime transnational organisé est « un souci majeur tant il est devenu une gangrène pour nos États ». « Pour le combattre, une politique concertée est nécessaire, a plaidé le chef de l’État. Nous ne sommes pas sans savoir que ses effets sont lourds de conséquences pour nos sociétés et, par ricochet, pour notre jeunesse. »

Pour l’adoption du français et du créole comme langues officielles

S’il y a un élément de blocage d’intégration à la Caricom, il s’agit de la question de langue. Cette question est soulevée dans quasiment toutes les récentes réunions de l’organisme régional. Le problème reste entier. « Il y a exactement cinq ans, ici à Port-au-Prince, les chefs d’État et de gouvernement de la région ont adopté une résolution adoptant le français comme l’une des langues officielles de la Caricom », a rappelé le président de la République. Le moment, dit-il, est venu de mettre en application cette résolution « pour accompagner l’intégration d’Haïti à cette belle famille, pour une meilleure communication, donc une meilleure compréhension mutuelle, et surtout pour faire tomber cette barrière psychologique, invisible, qui a tendance à nous éloigner. Nous sommes tout à fait d’accord que notre diversité linguistique fait notre richesse culturelle. »

Qu’en est-il du tarif douanier ?

Là où le bât blesse concerne le tarif douanier dans les échanges commerciaux qui n’existent que sur le papier. « J’ai fait le constat que les échanges ont évolué, ce malgré les retards enregistrés dans le processus de révision de notre tarif douanier consolidé, a indiqué Jovenel Moïse. Mon pays est en train de finaliser le processus de renégociation de la liste de concessions tarifaires à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). J’espère que les négociations en cours avec la République dominicaine se concluront d’ici la fin du 1er trimestre 2018. Cela nous permettra de nous mettre à jour avec les dispositifs du traité révisé », a ajouté le président de la République dans son discours en prédude des réunions plénières.

Les réunions se suivent et se ressemblent. Les discours aussi. Face à la lenteur enregistrée dans le processus d’intégration au sein de la Caricom, le chef de l’État promet un « rythme plus soutenu ». « L’intérêt bien compris du peuple haïtien commande que notre pays poursuive sur un rythme plus soutenu son processus d’intégration au sein de la Caricom, a assuré Jovenel Moïse. Pour ma part, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour imprimer agilité et vitesse à notre processus d’intégration. »

Source: le nouvelliste

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