Trois noms : Surza Jeanty, Peterson Augustin et Jessica Remy ! Handicapés, ils racontent tour-à-tour le « calvaire » qu’ils subissent dans leur quotidien à cause de leur déficience physique. Courageux, ils ont décidé de défendre leurs droits et ceux de leurs pairs à travers un mini film titré « Koute M » (Ecoutez-Moi) et espèrent, par l’initiative, sensibiliser un maximum de gens sur la situation des personnes handicapées en Haïti.

Au début, Surza avait du mal à accepter son handicap. « Jusqu’à présent, avoue-t-elle dans Koute M, ce n’est pas facile. Dans les rues, les regards des autres suffisent pour me rappeler combien je suis différente ».

 

Pour Peterson, « sortir est un calvaire » à cause du transport public inadapté, l’hostilité dont font montre certains passagers, l’inaccessibilité des routes et des bâtiments pour les personnes comme lui qui doivent aller à l’école, à l’église ou encore au travail.

« Cela ne devrait étonner personne qu’une fille handicapée tombe amoureuse », déclare, pour sa part, Jessica. « J’ai tous les droits comme tout-le-monde : le droit d’aller à l’école, de travailler, de circuler, d’aimer », ajoute-t-elle dans le film réalisé sous le leadership de l’association Vision pour les Personnes Handicapées en Haïti (VIPHA-Haiti).

Pas moins de 10% de la population haïtienne vivent avec un handicap selon les derniers chiffres disponibles: Sourd-muet, manchot, unijambiste, non ou mal voyant…  la situation de cette catégorie de citoyens qui s’est vue élargie après le tremblement du séisme de 2010, n’est pas des plus douces.

Dans le secteur éducatif, dans le domaine du transport ou encore sur le marché de l’emploi, les difficultés qu’ils doivent affronter sont nombreuses, ce, malgré l’adoption en 2012 de la loi haïtienne sur l’Intégration des Personnes Handicapées et la ratification par Haïti en 2009 des Convention de l’ONU et de l’OEA, relatives aux droits des personnes handicapées.

Le pire, c’est que les obstacles naissent, souvent, au sein même des familles, où les enfants atteints de handicap ne reçoivent pas le même encadrement que ceux étant ou dits « normaux ».

« Dans certaines familles où il y a un enfant sourd-muet par exemple, l’on remarque que les parents sont peu enclins à apprendre la langue des signes pour assurer une meilleure communication avec leur enfant », dit constater Johanna Cétoute, présidente de VIPHA-Haiti.

C’est à partir de là que commence à se créer un fossé entre les personnes handicapées et leur entourage, que leurs droits commencent à être violés, sans oublier les hostilités dont ils font parfois l’objet, les surnoms méprisants – dont « kokobe »1 – qu’on les fait porter. Et bonjour les préjugés. L’on jugera donc le handicap d’une personne avant de chercher à découvrir ce qui le caractérise – intelligence, conscience, sensibilité etc. – comme être humain. Une situation qui fait rager Surza Jeanty.

 

« L’employeur ne devrait pas regarder mon physique avant de se décider à m’embaucher ou pas. Mon handicap n’a rien à voir avec ma compétence », martèle-t-elle.

Les causes de cette réalité sont légion, mais avant tout, il y a le manque de sensibilisation autour de la question, malgré l’existence de moult organisations dans le domaine du handicap dans le pays.

« Beaucoup de gens ignorent même s’il existe une loi sur la protection des personnes handicapées ou même si cette catégorie [d’individus] a des droits », fait savoir Cétoute.

A travers le petit film, Koute M, l’association Vision pour les Personnes Handicapées en Haïti (VIPHA), espère renforcer la promotion de l’intégration des personnes handicapées en Haïti et à sensibiliser un maximum de gens sur la situation de cette catégorie.

VIPHA, créée en mars 2016, s’engage dans la sensibilisation des gens sur les droits des personnes handicapées. Elle réalise des séances d’apprentissage de la langue des signes, organise des ateliers de formation où des personnes « normales » simulent avec canne blanche, chaise roulante afin de comprendre la situation des gens souffrant de handicap et apprendre a mieux vivre avec eux.

Elle organise également des plaidoyers et participe à des émissions pour parler aux gens et les amener à faire évoluer leurs mentalités sur les personnes déficientes.

Dans le petit film, Jessica Rémy, Surza Jeanty, Peterson Augustin, tous membres de VIPHA, ne font pas que raconter leurs histoires mais lancent également, avec Koute M, un appel à la compréhension, la tolérance et la coopération…

« Ce n’est pas facile de vivre avec un handicap en Haïti, mais avec un peu de soutien collectif, nous pouvons faire la différence », croit Johanna Cétoute, tête pensante du projet, qu’on voit en bas, à droite de l’écran, assurant la traduction en langue des signes dans le film enregistré en créole haïtien.

« Koute M » est une réalisation de Vision pour les Personnes Handicapés en Haïti (VIPHA-Haiti) avec le support de : CBM, Bureau du Secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées (BSEIPH), Handicap Perspectives, Télévision National d’Haïti (TNH), Reyèl Communication, Gade M Kreyasyon, Innov’Art, Go Haiti, Confor.

  1. Appellation péjorative pour désigner une personne handicapée en Haiti