La lutte pour faire la lumière sur le dossier PetroCaribe doit-elle être inclusive?

Le #PetrocaribeChallenge a, momentanément, laissé les réseaux sociaux pour fouler le macadam dans un sit-in organisé vendredi devant la Cour des comptes. Pendant plus de trois heures, les adeptes du mouvement 2.0 ont posé en chantant et en dansant la question clé : « où est passé l’argent de PetroCaribe ? » Cependant, des politiques comme Eric Jean Baptiste et Arnel Bélizaire ont été pris à partie par certains manifestants intolérants et extrémistes.

La lutte pour faire la lumière sur l’utilisation des quelque 3.8 milliards de dollars du fonds PetroCaribe n’est pas née sur les réseaux sociaux. Cependant, le mouvement a pris un essor avec l’hashtag #PetrocaribeChallenge lancé la semaine dernière. Dans le sit-in organisé vendredi devant la Cour supérieure des comptes, la tendance voudrait que les politiques soient considérés comme des opportunistes.

« Nous ne voulons pas de leaders…nous ne voulons pas d’opportunistes…cette lutte est la nôtre… », ont lancé des participants à la manifestation contre le secrétaire général du RDNP, Eric Jean Baptiste et contre l’ancien député de Delmas, Arnel Bélizaire.

« Depuis les élections de 2015 lors du débat présidentiel organisé par la Chambre de commerce, j’étais le premier à lancer le slogan  »pote kòd, pote kòd pou mare tout moun ki manje lajan Leta mennen yo lajistis ». Je me suis toujours battu contre la corruption et contre l’impunité », a soutenu Eric Jean Baptiste.

« Nous déplorons le fait qu’une minorité extrémiste n’avait pas compris le sens de notre participation au sit-in et avait mésinterprété la présence d’un citoyen engagé », a-t-il déploré. Selon Eric Jean Baptiste, la lutte contre la corruption et la mauvaise utilisation des biens de l’Etat est une lutte de longue haleine. C’est pourquoi il dit supporter toute forme de mouvement visant à exiger de la lumière sur l’utilisation du fonds PetroCaribe. «Je prendrai toujours part à toute manifestation contre la corruption et l’impunité», a-t-il annoncé.

Me André Michel, qui mène depuis longtemps la bataille juridique pour forcer les utilisateurs du fonds PetroCaribe à répondre par-devant la justice de l’utilisation faite de ce fonds n’a pas été remarqué au sit-in. Il présageait ce qui pouvait arriver aux politiques. L’opposant farouche au régime des Tèt kale a rappelé qu’il est le premier à initier le procès PetroCaribe.

« Quand, sur la base des Rapports Latortue et Beauplan, j’ai initié le Procès PETROCARIBE le 29 janvier 2018 avec une plainte signée du citoyen Johnson Colin déposée au cabinet d’instruction, très peu de gens croyaient que le procès était possible ! Plus de 60 plaintes sont déjà déposées au cabinet d’instruction. Le dossier suit son cours. Je me suis battu, pendant plus de 6 mois, comme un diable pour maintenir en vie le dossier », s’est-il enorgueilli.

« Je suis heureux aujourd’hui de constater que le dossier PETROCARIBE est devenu l’affaire de tous. Je salue cette mobilisation populaire qui est en train de se développer. Je salue les jeunes qui assurent la promotion du dossier PETROCARIBE à travers les réseaux sociaux », a-t-il dit au Nouvelliste.

Pour Me André Michel, cette mobilisation est nécessaire à l’aboutissement du procès. « Le mouvement constaté sur les réseaux sociaux est la preuve que la population s’est accaparée du dossier. C’est excellent », a-t-il dit. Toutefois, a-t-il avancé, « personne ne peut exclure les politiques. D’ailleurs le mouvement qui se fait aujourd’hui n’a pas de maîtres ! Se yon mouvman atè plat, li pa gen mèt !! Cependant, je crois que les politiques peuvent et doivent continuer à alimenter positivement le mouvement sans essayer de le récupérer. Il faut éviter toute récupération politique brutale du dossier pour ne pas le déstabiliser », a affirmé le leader politique de l’opposition.

Le directeur exécutif du RNDDH, qui avait lui aussi essuyé certains propos peu orthodoxes de la part d’un groupe de manifestants, a souligné qu’il n’a pas été agressé par les manifestants et qu’il n’avait pas entendu les propos lancés contre lui.

Par ailleurs, Pierre Espérance s’est réjouit du fait que la population s’est approprié le dossier PetroCaribe. « Si la justice ne fait rien, la situation risque de se compliquer dans les jours qui viennent », a-t-il prévu. Il a dénoncé le fait que trois mois après, le juge d’instruction en charge du dossier n’a encore posé aucun acte alors que 70 plaintes ont été déjà déposées.

S’agissant de l’intolérance de certains participants au sit-in, le journaliste senior et analyste politique Hérold Jean-François estime qu’il ne devrait pas y avoir d’exclusion dans la lutte pour faire la lumière sur le dossier PetroCaribe. Il a fait remarquer qu’avant le #PetrocaribeChallenge, des secteurs organisés, dont les politiques, avaient déjà commencé la lutte. Cependant, il a reconnu que l’implication des jeunes « est la meilleure chose qui puisse arriver au pays… »

« Personne ne peut récupérer ou s’approprier le mouvement puisqu’il n’a pas de maître », a affirmé Hérold Jean-François, reconnaissant aussi qu’il y a un ego démesuré dans la politique en Haïti. « Il est préférable que les politiques laissent ce mouvement suivre son cours comme un mouvement citoyen. Cependant, si les leaders pensent qu’ils peuvent apporter une contribution, je pense que personne n’a la légitimité de les exclure », a soutenu le directeur général de Radio Ibo.

Pour sa part, le sénateur Evalière Beauplan, président de la commission sénatoriale qui a produit le deuxième rapport sur le dossier PetroCaribe, estime que les politiques ne sont pas obligés de participer au mouvement 2.0. Le parlementaire invite les leaders politiques à utiliser d’autres stratégies pour faire avancer le dossier.

 

LE NOUVELLISTE

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