La reconstruction du palais national commence à prendre forme…

En plus de vouloir être le président qui a remobilisé les Forces armées d’Haïti, Jovenel Moïse veut aussi être le chef d’Etat qui a reconstruit le Palais national détruit par le tremblement de terre de janvier 2010. Dès le prochain exercice fiscal, il mettra de l’argent dans le budget pour la reconstruction de la résidence présidentielle, a-t-il annoncé. La commission qu’il avait nommée en avril dernier pour la reconstruction du palais le prend aux mots. L’appel à manifestation d’intérêt pour la reconstruction est déjà publié et la commission reçoit maintenant les dossiers des intéressés.Cet appel à manifestation d’intérêt est un concours dans lequel il ne va y avoir qu’un seul gagnant, a fait savoir au Nouvelliste l’architecte Daniel Elie. « Le concours débouchera directement sur une passation de marché public », a-t-il annoncé. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la commission a pris beaucoup de précautions en ce sens.

Il s’agit d’un concours national de portée internationale, a précisé l’ingénieur Clément Bélizaire, le coordonnateur de la commission. Une façon pour lui de dire que l’appel d’offres est international. Les participants au concours seront évalués et le processus respecte les normes de la passation de marché public, a-t-il souligné. Le gagnant du concours aura à la fois l’étude et la supervision des travaux, a-t-il dit.

Les participants ont droit à des relevés topographiques, des aménagements antérieurs du palais présidentiel du pays afin de mieux faire leurs propositions.

Selon Daniel Elie, à la place de la maquette, la commission demande aux participants une vidéo de trois minutes dans laquelle ils présentent le plan du travail avec toutes les perspectives de l’intérieur et de l’extérieur.

« J’estime nécessaire de reconstruire les façades extérieures du palais à l’identique. Mais à l’intérieur, il y a lieu d’avoir de nouveaux accommodements qui permettront de répondre aux besoins des organes et des services de la Présidence de la République, tout en respectant les normes modernes de construction d’un bâtiment public », avait recommandé le chef de l’Etat lors de l’installation de la commission.

L’architecte Elie estime lui que les participants au concours doivent avoir une certaine liberté dans leurs propositions. Les architectes ou les firmes qui participent au concours ne sont pas circonscrits à l’œuvre de l’ingénieur Georges Baussan qui avait fait le plan du palais détruit par le séisme du 12 janvier 2010. Ils ont la latitude de reproduire le palais tel quel ou de proposer une toute nouvelle architecture. Cependant, a-t-il précisé, la nouvelle construction partira de Baussan, même si elle ne reprend pas à l’identique l’ancien palais présidentiel.

Selon Clément Bélizaire, Baussan doit être dans toutes les propositions de reconstruction du nouveau palais. Il a rappelé que l’ancien a été considéré comme le palais néoclassique le mieux réussi des Amériques. Pour lui, on ne doit pas perdre cette distinction dans la nouvelle construction.

Le palais national est à la fois symbolique, historique mais aussi identitaire. C’est pourquoi Daniel Elie pense que le nouveau bâtiment doit prendre en considération toutes ces dimensions.

Dans ses fonctionnalités, le palais est unique, a fait savoir l’architecte Elie. Il est un lieu de réception de l’apparat, une résidence et un lieu de gestion du pays. Ces trois composantes doivent cohabiter avec pour point commun la haute sécurité, a-t-il dit.

Environ 1 500 personnes travaillent au palais, a-t-il affirmé. Il y en a qui y travaillent pendant des heures précises, il y en a d’autres qui y habitent, comme la famille présidentielle et d’autres employés. De ce fait, le bâtiment doit avoir un hôtel, une cuisine industrielle, une infirmerie…, ont expliqué les membres de la communication.

Pour prendre part au concours, les firmes étrangères doivent s’associer avec des firmes haïtiennes et ces dernières devront être le chef de file. Un jury indépendant et technique composé d’architectes sera constitué pour évaluer les propositions. « Les participants seront jugés par leurs pairs », a dit Daniel Elie.

Quel sera le coût de la reconstruction du palais national ?

La commission ne dispose pas encore de la réponse exacte à cette question. Cependant, selon l’architecte Daniel Elie, la surface qui sera utilisée pour les trois grandes composantes du palais national permettra de connaître le coût de la reconstruction du bâtiment. Mais avant, une estimation approximative leur permet déjà de voir que l’ouvrage peut avoisiner les 40 millions de dollars, « clef en main ». Toutefois, cette estimation ne prend pas en compte le système de sécurité, entre autres.

Pour essayer de trouver le coût de la reconstruction du nouveau palais, l’ingénieur Clément Bélizaire se rapporte à l’évaluation de l’ancien palais d’avant le séisme de 2010 à 50 millions de dollars.

Selon Clément Bélizaire, le financement de la reconstruction du palais national s’étalera sur quatre exercices et l’impact financier ne sera pas insoutenable pour l’économie.

Outre le Trésor public, pour financer la reconstruction du palais, la commission entend organiser des levées de fonds et demander la participation des institutions de l’État à but lucratif.

Sur la durée de la reconstruction du palais national

Il va de soi que l’actuel président de la République voudrait inaugurer et même habiter le nouveau palais national qu’il fait reconstruire avant son départ.

« Je souhaite que ces travaux commencent cette année, a demandé le chef de l’État. La nation doit avoir une œuvre architecturale répondant aux préoccupations du XXIe siècle, tout en conservant le style néoclassique du palais qu’elle remplace. Haïti, dans sa splendeur, et la République qui reçoit ses invités doivent avoir un palais grand, imposant et grandiose… », avait demandé Jovenel Moïse.

Pour la commission, si le financement est disponible sans rupture et s’il n’y a pas d’instabilité qui empêcherait les employés de se présenter sur le chantier, la reconstruction du palais national prendra en moyenne 24 mois. Mais avec les imprévus, les travaux pourraient durer quatre ans. L’architecte Daniel Elie et l’ingénieur Clément Bélizaire assurent que Jovenel Moïse pourrait inaugurer le palais avant de laisser le pouvoir.

Les membres de la commission et sa mission Clément Bélizaire : (coordonnateur), Patrick Durandisse, Patrick Delatour, Daniel Élie, Sabine Malbranche, Georges Michel et Yvan Pinchinat, les sept membres de la commission, devront, selon le vœu du chef de l’État, se mettre au travail rapidement de concert avec le Ministère des travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC) et l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP) pour : retrouver et analyser le plan architectural de l’ingénieur Georges BAUSSAN ; élaborer la feuille de route pour la reconstruction du palais national ; organiser le débat d’orientation et le concours pour définir le parti architectural pour la construction du palais ; définir le plan, le programme et élaborer les termes de référence de l’étude de la reconstruction du palais et informer les citoyens, les médias, les organismes publics et la société civile de toutes les activités entreprises dans le cadre de la reconstruction du palais national.

Source: le nouvelliste

Vous aimerez sûrement aussi Plus de cet auteur