La sculpture sur bois, symbole de fierté des artisans haïtiens

La sculpture sur bois s’est imposée en Haïti depuis plusieurs décennies. Dans la capitale comme dans les villes de province, les sculpteurs haïtiens étalent leur imagination et leur talent. Ils créent des oeuvres de toute beauté pour le plaisir des Haïtiens et des touristes.

Les sculpteurs haïtiens présentent chaque jour aux passants des oeuvres d’art qui sont de véritables trompe-l’oeil. Les sculpteurs haïtiens travaillent le bois avec précision, passion et talent. Ils impriment à leurs créations artistiques un certain reflet de la couleur locale. L’artiste est le produit de son temps. Son oeuvre porte le chatoiement du milieu qui l’a vu naître. Sur des présentoirs de fortune faits avec des parpaings et des morceaux de carton, ils présentent un riche éventail d’oeuvres artisanales réalisées avec le bois. Le regardeur peut admirer la carte géographique de la République d’Haïti, le portrait de Charlemagne Péralte, celui de Catherine Flon, des gobelets, des statuettes, des encadrements de photos, etc. La création sculpturale est dense et diversifiée. Tout un ensemble d’objets décoratifs et utilitaires illumine les yeux autant que la pensée.

Rozon Genet est un artisan spécialiste dans la sculpture sur bois. Il établit son quartier à la rue Panaméricaine à Pétion-ville. La sculpture sur bois est sa vie. Il a exprimé, au journal Le National, sa passion pour cet art. « La sculpture représente beaucoup de choses pour moi. Depuis quinze ans, je fais de la sculpture avec passion. Avec mes mains je pense pouvoir sculpter le monde tout en faisant vivre ma famille », a-t-il indiqué. Plus loin, il a expliqué au journal comment il a réalisé ses oeuvres. « Le plus souvent, j’utilise le bois de chêne, le pin et l’acajou. En amont, je vais vers un ébéniste. Ce dernier prend le bois, le malmène, le coupe, le scie. Avec les ciseaux, la scie et le rabot, il fait le découpage des bois. Souvent, il utilise un mètre ruban et un compas pour dessiner les formes que le sculpteur veut avoir. À l’aide d’un crayon, on reproduit le motif sur la pièce de bois. Selon la dimension du sujet, on peut utiliser la craie. Les objets en bois sont très fragiles. Les techniques utilisées sont la coupe, la perce, les finitions et les assemblages mécaniques. Tous les bois se sculptent, mais à partir d’une certaine densité, il est préférable d’utiliser les outils électriques puissants à la place des outils manuels. Après quoi, il faut nettoyer l’oeuvre obtenue avant d’y ajouter le vernis. »

Dans son atelier, Rozon Genet travaille avec assiduité. Il expose ses oeuvres en plein air. On peut voir une grande statue représentant le roi Salomon, un couple de danseurs et un vieillard fumant une pipe. Ces oeuvres mettent en valeur le bois autant que le sujet sculpté. Mais en dépit du fait que les sculpteurs travaillent le bois avec passion pour concevoir des formes et pour faire vivre l’artisanat en Haïti, ils sont traités en parents pauvres. L’État haïtien, selon leurs dires, n’est pas intéressé à leur travail. Ils n’ont pas d’encadrement. Pourtant, ils participent à la vie culturelle du pays. Pierre Enso, un autre sculpteur rencontré au Bicentenaire, est fier de faire son métier et veut continuer malgré vents et marées. Quand il y a les fêtes patronales, il parcourt les villes de province pour écouler ses oeuvres. En dépit des difficultés, il encourage les Haïtiens à donner beaucoup plus d’importance à leur métier. « Même si nous sommes oubliés par le ministère de la Culture, j’invite mes compatriotes à acheter mes sculptures sur bois pour décorer leur maison et aussi pour les offrir à un ami ou un parent à l’étranger. »

Nelka Faëdra Fortuné

 

Source: le national.org

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