Le Fresco haïtien, entre goûts du terroir et saveurs tropicales

Le Fresco a traversé des décennies et reste l’une des boissons les plus consommées par les haïtiens, ainsi que les touristes étrangers, ceci toutes âges confondues. Quoiqu’en diminution constante, cette boisson tropicale délicieuse qui existe dans plusieurs pays de la caraïbe, continue d’adoucir les lèvres des consommateurs en Haïti, tant par une variété de couleurs que de saveurs.

Dans un pays tropical comme Haïti, savourer un fresco en plein midi est l’une des plus belles choses qui puisse arriver à un haïtien ou même un étranger. Ce goût de bonheur demeure en particulier chez la plupart des écoliers qui ont, au moins une fois dans leur vie, savouré le goût de cette boisson. Rafraîchissante, elle est composée de la glace épilée (graje), arrosée d’un sirop épais, sucré et aromatisé de différentes saveurs. Le fresco est plus qu’un apéritif.

Emmanuel Joseph, un élève de l’école nationale Guillaume Manigat se dit en être un vrai passionné. Le jeune garçon de 12 ans dit s’assurer toujours que sa tante lui donne de l’argent tous les matins, pour acheter des pâtés et du fresco. Un discours qui ne diffère pas de celui du citoyen français Lamarie qui explique que : «les sirops qui sont utilisés en Haïti pour faire les fresco, tu ne les trouveras pas en France, ces sirops sont artisanales et plus variés, il y a des sirops verts, jaunes, rouges, roses etc et les couleurs sont presque toutes fluorescentes».

Kerns Larêche, étudiant finissant en science juridique à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques (FDSE) et franc consommateur de fresco, à en croire ses dires, dit remarquer qu’«avec des touches de la modernité, le décor de la marchandise change de nos jours, on voit moins de charrette en bois dans les rues avec des décors en peinture». «De nos jours les marchands possèdent des charrettes en fer découpé avec des stickers affichant des publicités plutôt que des charrettes en bois avec des écriteaux : malere pa chen, bel fanm pa dola, lavi pa fasil etc». Pour le neveu du sénateur Ronald Larêche, à cause de ces stickers de publicité dans les boites de frecos nouvelle, ce commerce perd une philosophie qui traduisait la réalité sociale des marchands.

«Et la modification ne s’arrête pas là relate-t-il, les sirops sont moins épais, les frescos sont consommés dans des chalumeaux, les blocs de glace sont dorénavant épilés dans des igloos». Ce qui selon Larêche, change l’authenticité culturelle du fresco comme une activité reflétant la couleur locale du pays. Toutefois, il admet que l’hygiène et la propreté des marchands de Fresko dit Fresko Moderne encourage plus de consommateurs à acheter la boisson.

Sur les deux rangées de la charrette que conduit Dor Farius, un marchand de fresco rencontré au Champ de mars, près de la place Pétion, il y a trente (30) bouteilles. Une quinzaine contient le sirop blanc qu’est le sirop de base et les autres possèdent chacune une couleur de sirop. «Chaque couleur correspond à un goût explique monsieur Farius, il existe le sirop d’anisette, de menthe, d’orgeat, de grenadine, de grenadia, de citron et le sirop (kokoye) fait à base de noix de coco, etc». Le mélange avec des pistaches grillées (arachides) est la composition préférée de beaucoup de consommateur.

Cette pistache (arachide) le rend plus appétissant selon certains consommateurs. Pour Kerns, «avec la pistache, le fresco devient un amusement qui ramène le goût et l’appétit. »

Beaucoup sont les boissons gazeuses produites par la brasserie nationale d’Haïti (BRANA) ou d’autres compagnies, pour étancher la soif des consommateurs haïtiens. En passant par la période de Gina, Pepsi et Tropic pour parvenir aux dernières boissons en date, le fresco a toujours été présent dans le menu des boissons à consommer par les haïtiens. Toujours moins chère par rapports aux autres, moins compliqué, il facilite le choix.

Dans le temps, le fresco générait beaucoup plus de profit selon Dor Farius. «Depuis l’arrivée en quantité des boissons importées et autres crèmes à la glace, le fresco est en baisse» regrette-t-il. Marchand de Fresco depuis 1990, obligé d’obssrver 5 années sabbatiques à cause du choléra en 2011, monsieur Farius dit apprendre à vivre avec le peu. Avec un prix varié entre 5 et 15 gourdes, le fresco ne rapporte qu’une économie minimale, soit 500 à 750 gourdes par jour. Dans les périodes estivales, environ 1500 gourdes maximales. «Ce n’est pas une activité génératrice de revenue dit-il en plus on n’a pas d’accès au crédit».

Or  une charrette en bois coûte environ 10 000 gourdes et pour une journée, le marchand doit acheter au moins ¼ d’un bloc de glace qui coûte 350 gourdes pour vendre un paquet de 50 cups.

Quoique le marché change, l’attachement des consommateurs au fresco ne change pas. Si en réalité il n’y pas de sot métier, les haïtiens doivent placer le fresco sur la liste des traditions à sauver selon ce que croit Ricardo Dorcilien co-proprietaire de Fresko Re-100. Ce dernier dit croire que son entreprise a non seulement innové le fresco, renforcé l’hygiène de celui-ci mais aussi, il a participé dans la sauvegarde d’une tradition qui a marqué la vie de bon nombre d’Haïtiens.

Source: LoopHaiti

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