Les causes de la mort des prisonniers bientôt connues

Après avoir rencontré tous les acteurs concernés, à savoir la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), le secteur des droits humains, le parquet de Port-au-Prince, la Police nationale d’Haïti (PNH), la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustha), la commission présidentielle chargée d’enquêter sur les causes de la mort à répétition des prisonniers au Pénitencier national est prête à fournir son rapport. Avant la période pascale, le rapport sera rendu public, selon Renan Hédouville, l’un des membres de cette commission.

Au cours des différentes séances de travail organisées par la commission, les causes de ces décès à répétition ont été inventoriées, a fait savoir M. Hédouville lors d’une interview accordée au journal Le National ce jeudi 6 avril. Le rapport, ditil, est en train d’être finalisé avant d’être acheminé au président de la République, Jovenel Moïse. Le non-respect du droit à l’intégrité physique et psychologique des prisonniers semble être, selon le commissaire Hédouville, qui n’a pas voulu donner plus de détails, la cause fondamentale de décès récurrents des prisonniers dans les centres de détention. Le commissaire exhorte déjà les autorités haïtiennes à faire de leur mieux afin de respecter les normes et standards internationaux en matière de détention.

Les nombreuses funérailles des prisonniers avaient attiré l’attention du président de la République au point qu’il avait décidé de prendre en main la situation. Ainsi, par arrêté présidentiel au mois de février dernier, une commission présidentielle composée de neuf membres d’horizon divers, Clamé Ocnam Daméus (président), Mona Jean (vice-présidente), Kettely Julien, Barthelemy Jean Noel, Jean Lario Pierre, Micosky Pompilus, Francene Moreau, Jacob Saintvil et Renan Hédouville, a été formée. Ces différents membres de la commission ont effectué leurs travaux sur non seulement la cause des décès récurrents, mais également sur la situation générale de détention en Haïti.

Avec un mandat d’un mois renouvelable, la commission avait pour mission d’élucider les causes de ce soudain phénomène de surmortalité dans les centres de détention du pays. C’est une situation qui avait soulevé l’indignation au sein de la société civile qui avait exigé que lumière soit faite sur la mort soudaine des prisonniers dans les centres d’incarcération. Le président de la République avait fait preuve de compréhension. Ainsi, lors de la présentation des membres de la commission, il avait souligné que la nation haïtienne ne saurait fermer les yeux sur cette situation qui semble être une violation flagrante, voire un mépris du droit à la santé et à la vie dont dispose tout individu, sans considération aucune, peu importe la situation dans laquelle il se trouve.

Également chef de la mission des Nations-Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustha), la représentante spéciale du secrétaire général de l’organisation des Nations-Unies (ONU) en Haïti, Sandra Honoré, n’avait cessé d’alerter les autorités haïtiennes de sa préoccupation concernant l’aggravation des conditions de détention cruelles, dégradantes et inhumaine en Haïti. Nombreuses encore sont les visites de l’envoyé spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Haïti, Gustavó Gallon, qui dressent toutes un tableau très sombre de la situation carcérale dans le pays. Manque de nourriture, manque d’accès aux soins médicaux cumulés avec la surpopulation carcérale, le confinement et les conditions d’hygiènes déplorables sont, entre autres, l’ensemble des maux du système soulignés à chaque fois par Gustavo Gallon qui a beau exhorté à l’État haïtien de combattre la détention préventive prolongée en Haïti.

Malgré tous ces appels lancés par les organisations des droits de l’homme en Haïti, les Nations-Unies, et autres, aucune décision n’a été prise en ce sens pour améliorer la condition de vie à l’intérieur des prisons. Il a fallu la mort par dizaine de prisonniers avant qu’une décision soit prise par l’État pour aller chercher la cause de ces décès alors que l’éventualité d’une catastrophe pareille avait déjà été soulignée par la majorité des organisations évoluant dans le secteur des droits humains ainsi que l’envoyé spécial de la situation des droits de l’homme en Haïti.

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