Lire le recueil : « Qui d’un soir » de Syto Cavé

Syto Cavé, nouvelliste, poète et parolier, ne laisse personne indifférent. Comme l’argile qui prend sa forme dans les doigts du potier, comme l’insecte fragile et l’esclave docile, la poésie se soumet au poète comme l’air qu’il respire et comme l’Esprit saint qui emplit tous les replis de son âme.

La poésie de Syto Cavé, dissimulée dans les pas de la nuit, dessine une aurore nouvelle qui s’ouvre sur le monde. Syto Cavé, metteur scène, dramaturge, est en même temps un auteur qui confère aux mots le soin de dire le silence. Son recueil de poèmes intitulé « Qui d’un soir » réédité chez les Éditions du CIDIHCA nous révèle un poète qui survit de l’odeur de ses doigts, dans la contrebande des mots et au coeur de l’encrier. Dans les replis secrets de son coeur, son inspiration oscille entre ses souvenirs lointains et toutes ses rêveries qui ont tenu son âme éveillée. Il écrit une poésie qui s’exprime par la singularité de ses images et son ton étrange et simple.

« Si je me faisais un mât une voile/ sous l’apostrophe du ciel. Si je n’étais qu’un regret d’une fleur/ D’avoir été cette fleur. Ou un arbre débranché/un simulacre bègue./ une sorte d’épave en pointillé… » (P.40)

Poète extrêmement doué, il a su, au fil du temps qui passe, écrire une poésie intimiste et personnelle. Avec son inspiration débordante et jamais à court d’idées, il produit des images les plus frappantes et des bousculades de mots les plus saisissantes. Le poète n’a pas manqué d’arranger sur la page blanche des mots qui lui indiquent les règles de sa vie et la direction de son espoir. Maints poèmes de ce recueil : Miroir hypothèse. Casser L’heure, Dit d’Alain Blondel, Chansons sont autant de poèmes qui expriment la passion de la poésie qui l’habite. « Chansons », ce dernier poème chanté par son fils Alan Cavé, nous dévoile un poète intimiste qui respire le bonheur quand il est en présence de l’être aimé qui pousse très loin propre aventure.

« Sur un brouillon d’asphalte jusqu’au python du quai/Pour qu’à jamais. Les fleuves se joignent et océanent à l’infini. »

« Je me mets en pièce/en quatrain/ en tercet/Et je jette mes bras comme une strophe à tes pieds/vers cette démesure qu’est l’amour/Madame ! De mon être papier je t’appelle/ De mon être rocher je t’appelle. De mon être papier roché Prométhée je te volerai ton feu » (P54 – 55).

Avec un tempérament lyrique et une fougue verbale et une propension constante et naturelle à donner au réel une dimension mythique, Syto Cavé écrit une poésie narrative. Chez lui, comme chez d’autres poètes, le désir de libérer les sensations fortes de leurs morbides se joint à la puissance de l’éloquence pour créer des textes enrobés de sensations et d’émotions fortes. Sa poésie renferme des notations vives, colorées et émouvantes et elle porte le crépuscule de ses émois intérieurs qui parcourent son existence. Il y fait le bilan de son expérience. Il en a profité pour arrêter le temps dans son irréversible marche. Tout chez lui est poésie ! Tout chez lui est musique. Et l’on comprend pourquoi la poésie et la musique sont en accord avec sa lyre intimiste. Elles s’harmonisent dans l’étendue spacieuse de sa pensée. « Qui d’un soir », c’est le recueil de poèmes qui fait plier la robe sombre la nuit et qui fait venir l’amour avec ses doigts de rose. Sur le jeu des métaphores, des allitérations, et des assonances, Syto Cavé cherche une certaine originalité dans la variété des thèmes qu’il a abordés. Résolument moderne, sa poésie crée un univers inédit, singulier qui frappe par la fraicheur des notations, la force de ses troubles et une combinaison particulière privilégiant la vie et le temps qui passe.

« Les portes qu’on entretient/ ne s’ouvrent que le soir/Vers des domaines hantés et des boulevards informes. /Je t’y promène à ma façon/suivant le vent/ suivant le chant/Ô comble de l’errance » (P68)

Schultz Laurent Junior

Source: Le nouveliste

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