Ll’IHSI sort son premier bulletin sur l’emploi

Le Nouvelliste (L.N) : Qu’est ce qui a porté l’IHSI à publier cet indicateur sur l’emploi ?

Harry Salomon (H.S) : Pour répondre à cette question, je dois commencer par faire la genèse du projet SYSSEM. En effet, depuis quelques années l’IHSI recevait des demandes pour des informations régulières sur l’emploi ; demandes qu’il n’arrivait pas toujours à satisfaire, car les statistiques publiées sur l’emploi étaient généralement tirées des enquêtes auprès des ménages, réalisées de manière irrégulière. L’idée de mettre en place une structure permanente pour mesurer les variations de l’emploi remonte à l’exercice fiscal 2013-2014. C’était particulièrement suite à une requête formelle du ministère de tutelle de l’IHSI, en l’occurrence le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), qui exhortait l’IHSI à prendre des dispositions appropriées en vue de combler, ne serait-ce que partiellement, le vide existant en matière de statistiques régulières sur l’emploi.

C’est à ce moment que l’IHSI a conçu le projet « SYSSEM » et a mis en place l’Unité de Suivi des Statistiques de l’Emploi (USSEM) devant travailler sur la mise en œuvre effective dudit projet. Cela a été un long processus au cours duquel l’IHSI a réalisé tout un ensemble d’activités préparatoires, notamment le diagnostic technique des principaux organismes qui gèrent ou compilent les données relatives à l’emploi, l’organisation d’ateliers et de séminaires d’information et de formation, la sensibilisation des employeurs publics et privés et enfin la collecte, le traitement et l’analyse des données.

L. N. : Parlez nous un peu de l’Indice d’Emploi (IE): sa définition, sa périodicité, son délai de parution et comment a-t-il été calculé?

H.S: L’Indice d’Emploi est un indicateur de tendance qui renseigne sur les variations de l’emploi dans les institutions publiques et privées. Il sera publié trimestriellement et son délai de parution est de trois mois après la fin du trimestre sous étude. Par exemple, le bulletin du premier trimestre de l’année fiscale 2018 (octobre-décembre) est prêt depuis le début du mois d’avril. Evidemment, le souhait de l’IHSI est de publier cet indicateur conjoncturel, au plus tard deux mois après le trimestre. Mais des contraintes relatives au délai de disponibilité des données dans les institutions sources nous ont forcés à opter pour trois mois. Même pour le délai de trois mois, l’IHSI est obligé de mener un véritable combat auprès de ses partenaires publics et privés afin de pouvoir le respecter. C’est pourquoi d’ailleurs, au nom des nombreux utilisateurs potentiels de ce nouvel indicateur, l’IHSI aimerait profiter des colonnes de “Le Nouvelliste” pour exhorter toutes les institutions publiques et privées à faire l’effort de lui transmettre les données dans un temps plus court, afin de faciliter la réduction du délai de parution de l’IE.

Pour répondre au dernier volet de votre question, disons que l’IE est calculé à partir d’un échantillon représentatif d’entreprises privées, d’organisations non gouvernementales (ONG), d’organisations internationales (OI) et d’institutions publiques qui fournissent des données de base sur l’effectif des employés. Ces données sont collectées, traitées et analysées trimestriellement par les cadres de l’Unité de Suivi des Statistiques de l’Emploi (USSEM).

L. N. : L’IE que l’Institut a publié pour le premier trimestre de l’année fiscale 2018 indique une hausse en glissement annuel de plus de 12%. Comment interprêter ce taux de croissance? Qu’est ce que cela veut dire concrètement?

H.S.: Pour ce qui a trait à l’interprétation de l’IE, comme tout indice statistique, il renseigne sur l’évolution temporelle du phénomène auquel il se rapporte. Autrement dit, l’IE présente les grandes variations de l’emploi pour un trimestre de l’année “n” par rapport au même trimestre de l’année “n-1”. C’est ce qu’on appelle dans le langage statistique: un “glissement annuel” ou une “variation interannuelle”. Par exemple, pour calculer le glissement annuel de l’IE pour le premier trimestre de l’année fiscale 2018, on le compare avec le niveau de l’IE du premier trimestre de l’année fiscale 2017. Dépendant de l’angle d’analyse, on peut aussi choisir de calculer une variation trimestrielle de l’IE. Dans ce cas, on fait le rapport du trimestre en cours sur le trimestre précédent.

Revenons à votre question concernant l’interprétation des 12% de croissance de l’IE. Concrètement, cela veut dire que, comparé au premier trimestre de l’année fiscale 2017, l’IE indique une augmentation au premier trimestre 2018 de 12.3% des emplois existant dans le secteur formel de l’économie.

L. N. : Cette hausse paraît énorme, qu’en pensez-vous?

H.S: Je ne pense pas vraiment. Ce qu’il faut comprendre, et comme expliqué dans le bulletin, cette hausse est surtout due aux travaux à haute intensité de main-d’oeuvre qui étaient créés dans certaines institutions publiques et ONG durant la période des fêtes de fin d’année. Il s’agit surtout d’emplois temporaires. Par contre, dans le même Bulletin et pour le même trimestre, on peut aussi noter que dans le secteur privé des affaires, globalement l’IE a chuté de 6% en glissement annuel.

Néanmoins, votre question m’offre aussi l’opportunité de faire le point sur les limites de ce nouvel indicateur. L’IE peut être influencé par les emplois temporaires. C’est pourquoi au début du projet SYSSEM, l’IHSI voulait calculer séparément un Indice d’Emploi Temporaire (IET) et un Indice d’Emploi Permanent (IEP). Malheureusement, il n’a pas obtenu suffisamment de collaboration en ce sens auprès des institutions publiques et privées. Cette décantation aurait permis justement d’éviter les effets induits des emplois temporaires sur l’IE Global.

De plus, étant donné que ce sont les données des administrations publiques et des institutions privées qui sont utilisées pour calculer l’IE, en terme de couverture, il convient aussi de noter que cet indicateur est calculé surtout pour les emplois créés dans le secteur formel de l’économie. Il ne couvre pas le secteur informel, car comme vous le savez, il n’existe pas de données de sources administratives sur les emplois dans le secteur informel. Les données sur le secteur informel seront captées à l’occasion des enquêtes sur l’emploi et les conditions de vie programmées pour après le Cinquième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (VèRGPH).

L. N. : Pourquoi ne pas publier régulièrement le taux de chômage de préférence?

HS: Très belle question! L’IE ne vient pas remplacer le taux de chômage. Il vient simplement combler, en partie, le vide existant en matière d’informations régulières sur l’emploi. Le projet SYSSEM comprend deux grands volets: (i) publication des informations conjoncturelles sur l’emploi à partir des sources administratives (c’est ce que nous faisons avec l’IE) et (ii) publication des informations structurelles sur l’emploi à partir des enquêtes permanentes auprès des ménages. Ce sont ces enquêtes qui vont permettre de calculer, au moins annuellement, le taux de chômage et d’autres indicateurs du travail.

Les données des sources administratives, telle qu’elles existent aujourd’hui, ne permettent pas de calculer le taux de chômage. Maintenant, nous sommes en train de les exploiter au mieux afin de donner trimestriellement une idée de l’évolution de l’emploi. L’IHSI attend la fin du Vè Recensement Général de la Population et de l’Habitat (VèRGPH) pour mettre en oeuvre le deuxième volet du SYSSEM qui consiste en la réalisation d’enquêtes structurelles auprès des ménages. Pour le moment, au sein de l’IHSI, en matière d’opération de terrain, l’emphase est mise exclusivement sur le VèRGPH, dont le Recensement Pilote est prévu pour bientôt.

L. N. : Pendant qu’on en parle, à quand finalement la réalisation du Vè Recensement Général de la Population? Je me rappelle que le lancement officiel a été fait à l’ Hôtel Royal Oasis depuis plusieurs mois.

H.S: Vous devez vous rappeler également que, lors du lancement officiel en décembre 2017 à l’Hôtel Royal Oasis, on avait aussi présenté un calendrier d’activités. Et dans ce calendrier, le dénombrement général était prévu pour la fin de l’année 2018. Donc, nous sommes dans les délais. Il y a eu, certes, quelques difficultés qui ont retardé un peu le Recensement Pilote, mais on travaille d’arrache-pied pour colmater les brèches, afin d’essayer le plus possible de respecter les grandes échéances. Notre souci premier est de réaliser un recensement moderne qui respecte toutes les normes internationales en matière de qualité.

L. N. : Revenons à l’IE pour terminer. En termes de perspectives, quel genre d’amélioration l’IHSI se propose-t-il d’apporter à l’IE dans les mois et années à venir?

H.S: L’IHSI va s’atteler à augmenter la couverture et la représentativité de l’IE par secteurs institutionnels et branches d’activités, afin d’augmenter sa robustesse. Par exemple, le secteur primaire n’est pas représenté dans l’IE à cause des difficultés de collecte et de sa sous-représentation dans le secteur formel de l’économie haïtienne.

L’IHSI va aussi continuer avec les plaidoyers auprès des institutions publiques et privées afin de pouvoir respecter et même réduire le délai de parution du bulletin. D’autres efforts internes seront consentis dans le même sens, notamment l’utilisation de questionnaires en ligne et d’application informatique adéquate, afin de réduire considérablement le temps du traitement des données. Evidemment, l’IHSI compte sur les institutions publiques et privées pour la transmission des données dans un temps plus court. Il en profite d’ailleurs pour les remercier de leurs précieuses collaborations, car sans eux le calcul et la publication de l’IE seraient tout simplement impossibles.

 Source: le nouvelliste

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