Malaise entre l’Etat haïtien et la Conférence épiscopale d’Haïti

Après le ministre de la Culture et de la Communication, Joseph Guyler C. Delva qui était monté au créneau, c’est le président de la République lui-même qui s’est chargé de répondre aux autorités ecclésiastiques. Manifestement, Jovenel Moïse ne digère pas les commentaires du président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH), Mgr Launey Saturné, sur certaines décisions prises par son administration lors de son homélie le week-end dernier à l’occasion de la patronale de la Vallée de Jacmel. Mgr Launey Saturné a fait le parallèle entre l’augmentation de certaines taxes et les retombées de celles-ci.

« On ne peut construire un pays sur le mensonge, sur des fausses informations, des rumeurs, la haine, la violence et l’hypocrisie. Ces actes sont contraires à l’Évangile », a martelé le chef de l’État, alors qu’il participait mercredi soir, au stade Sylvio Cator, à la célébration des 75 ans de consécration d’Haïti à Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Le discours de Jovenel Moïse n’a pas laissé indifférents certains prêtres catholiques. « Il est clair que monsieur Jovenel Moïse n’aime pas la lecture que nous faisons de la situation du pays », a réagi un prêtre, en off. « Il avait une chose à dire, il l’a dit », a renchéri le révérend sans trop de commentaires. C’est l’une des rares fois que le chef de l’Etat a tenu un discours sans vanter ses réalisations. Il était clair, précis et concis.

Un autre prêtre explique que le président ne doit pas prendre les messages d’une homélie pour une attaque personnelle. « C’est quoi une prédication ? L’homélie est un commentaire que l’on fait à partir des trois lectures effectuées dans la messe. Ce commentaire doit prendre en compte le message du jour, le situer autant que possible dans son contexte mais aussi l’actualiser par rapport à la réalité des chrétiens. Un pasteur doit savoir ce qui préoccupe les fidèles de sa communauté et ce à quoi ils aspirent. Sa mission est d’annoncer le bien et de dénoncer le mal », a répondu le révérend, affirmant que les commentaires du président de la Conférence épiscopale d’Haïti n’ont rien d’une attaque personnelle ou quoi que ce soit d’autre.

Autres faits

Dans la préparation du protocole de la célébration des 75 ans de consécration d’Haïti à Notre-Dame du Perpétuel Secours, les évêques d’Haïti ont voulu entrer au Palais national en vue d’effectuer le même geste de consécration qu’en 1942 (année de consécration du pays à Marie) et de bénédiction avec l’icône de la Vierge Marie. Au final, l’accès au Palais national a été refusé aux prélats.

Alors qu’il était prévu que si aucune entente n’était trouvée les évêques des dix diocèses se réuniraient en communion devant le portail du palais et procèderaient à la bénédiction du pays, au grand étonnement des fidèles, les prélats n’ont pas posé ce geste de foi.« Est-ce que les évêques sont mécontents? Je ne sais pas », s’est interrogé notre interviewé.

La Conférence épiscopale persiste et signe

Le président de la Conférence épiscopale, qui persiste et signe, a affirmé que le pays est malade. Il a tenu ce discours à l’occasion de la clôture de l’année de jubilé mercredi soir, au stade Sylvio Cator. « Si depuis 1978 l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la maladie de la petite vérole est éradiquée à travers le monde, Haïti a d’autres formes de petite vérole qui le ravagent », a signalé Mgr Launey Saturné.

« Les formes de petite vérole touchent plusieurs domaines, y compris l’appareil judiciaire. Des gens qui devaient répondre de leurs actes circulent dans les rues sans se soucier le moindre du monde. Pire encore, des gens qui étaient derrière les barreaux sont relâchés tout simplement après un appel téléphonique. Ces choses ne peuvent en tout cas provoquer qu’un climat d’insécurité dans le pays », a déduit le président de la CEH.

Dans son exhortation, Mgr Saturné a invité tout le peuple de Dieu à prier notre Sauveur afin que la vie ne soit pas un désastre en Haïti. Il faut prendre conscience que le pays ne peut rester dans cet état, a-t-il déclaré, avant d’indiquer que la corruption, l’insécurité, l’injustice, le chômage sont entre autres maux qui nous rongent.

Le prélat a, en outre, plaidé pour la création d’emplois. « Plus d’emplois, moins de chômage, plus de transactions financières et moins de pauvreté. On a besoin de moyens financiers, de moyens économiques pour que nos enfants aient accès à l’école et que la population ait accès aux soins de santé », a-t-il égrené.

Le prélat a par ailleurs reconnu que des efforts sont consentis pour une amélioration des conditions de vie de la population. « Je vous exhorte à remercier Dieu et prier afin que les conditions de vie s’améliorent au profit de tous les Haïtiens », a-t-il exhorté, proposant le tandem prière et travail.

« Prier en travaillant et travailler en priant. C’est ce que je viens de vous proposer dans le cadre de cette célébration », a-t-il prêché, croyant qu’il est temps de se mettre ensemble pour sortir le pays de l’impasse.

source: le nouvelliste

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