Malgré ses efforts, Haïti dépendra encore longtemps du riz américain

Haïti est l’un des plus grands marchés pour le riz à grains longs importé du sud des États-Unis. Malgré les efforts en cours pour améliorer la performance agricole, souligne un rapport du Département américain de l’agriculture (USDA) datant de février 2016, Haïti continuera à dépendre des importations du riz américain dont les importations haïtiennes représentent actuellement 80% de la consommation locale.

Depuis 2005, poursuit le rapport, les rendements d’Haïti ont été en moyenne de seulement 1,83 tonne par hectare, en baisse par rapport à la moyenne de 2,20 tonnes de la décennie précédente, contre 4,85 tonnes par hectare sur la même période en République dominicaine – le plus grand producteur de riz des Caraïbes.

Toutefois, des projets menés ces dernières années dans la vallée de l’Artibonite, où environ 70% de la récolte d’Haïti est produite, ont réussi à faire augmenter le rendement à l’hectare. Jusqu’à 4.5 tonnes à l’hectare, selon l’agronome Yvon Etienne, un des responsables du projet Renforcement des capacités de production de semences de riz en Haïti (RECAPSRIH) qui, grâce à la coopération haïtiano-taïwanaise, travaille à la production de semences de riz de qualité.

Même son de cloche du côté de Sylvain Dufour, du Système de financement et d’assurances agricoles en Haïti (SYFAAH), pour qui le rendement à l’hectare des producteurs assurés tourne autour de 5 tonnes à l’hectare. Selon l’expert canadien, la problématique du riz dans la vallée de l’Artibonite ne se résume pas vraiment au rendement. « Il faut arriver à faire fonctionner tout ce système-là ensemble, donner de l’accompagnement, du financement et protéger [les producteurs] s’il y a des problèmes de rendement qui se posent », a-t-il énuméré.

Depuis 2011, le programme SYFAAH travaille en Haïti, en appui aux autorités haïtiennes, pour mettre en place un système de financement et d’assurance agricole visant à structurer de façon globale et durable l’offre de services financiers destinés aux agro-entrepreneurs. Le projet prendra fin en mars 2019. Cependant Sylvain Dufour reconnait que des données n’ont pas été produites dans le cadre du projet pour vérifier que les financements octroyés ont pu faire augmenter la quantité de riz dans les zones d’intervention.

Pour l’USDA, les principaux facteurs à l’origine de la baisse des rendements de la production de riz en Haïti sont le manque d’entretien de l’infrastructure d’irrigation, la détérioration de la qualité des terres et le manque d’accès des producteurs aux intrants. Depuis 2005, la production de riz en Haïti a varié de 91 000 tonnes à 142 000 tonnes, avec une moyenne de 114 400 tonnes, presque inchangée par rapport à la moyenne de la décennie précédente.

De plus, toute expansion de la production de riz en Haïti est confrontée à de sérieuses contraintes. Une limitation majeure est le manque d’accès au fonds de roulement: le financement privé n’est disponible qu’à des taux d’intérêt extrêmement élevés, et il y a très peu d’investissements provenant de sources extérieures à Haïti. Le secteur rizicole d’Haïti souffre également d’un manque de main-d’œuvre qualifiée, de mécanisation et d’équipements pouvant stocker le riz pendant une longue période.

De plus, a fait remarquer Sylvain Dufour, les producteurs ne démarrent pas tous leur campagne en même temps [alors que] l’irrigation devrait démarrer pour tout le monde en même temps. Selon lui, le calendrier cultural est tout aussi important. Pour sa part, l’agronome Yvon Etienne pointe du doigt les lopins de terre trop petits, environ 0,3 hectare, amplement insuffisants, selon lui, pour subvenir aux besoins d’une famille de 8 personnes. « Cela freine en quelque sorte le développement rizicole », estime le technicien haïtien.

Selon le rapport de l’USDA, les importations sont passées de 7 000 tonnes métriques en 1985 à 25 000 tonnes métriques en 1986, avec les États-Unis comme unique fournisseur, informe le rapport du Service de recherche économique de l’USDA. En 1994, les importations ont dépassé 140 000 tonnes métriques. Puis, en 1995, Haïti a abaissé son taux de droit de douane de 3% et les importations de riz ont immédiatement augmenté de plus de 60 000 tonnes pour atteindre 207 000 tonnes, toujours avec les États-Unis comme principal fournisseur.

« Aucun calcul n’est effectué pour estimer la production afin de pouvoir importer le déficit », déplore l’agronome Yvon Etienne soulignant que les importations surpassent largement la demande. « Et quand notre production arrive, elle ne peut pas soutenir la concurrence et cela a tendance à faire baisser le prix du riz local », a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, le rapport indique que la production de riz en Haïti n’a pas montré de croissance à long terme au cours des 30 dernières années, après avoir légèrement augmenté entre le début des années 60 et le milieu des années 80. La croissance initiale dans les années 1960 et au début des années 1970 était due à l’expansion de la superficie. Cela a été suivi par des rendements plus élevés au milieu des années 1970. Depuis lors, les rendements de riz (brut) n’ont montré aucune tendance à la hausse.

Pour redresser la barre, l’agronome Etienne préconise comme solution le remembrement, l’accès au crédit ainsi que la disponibilité d’intrants agricoles et de l’eau.

Entre-temps, rappelle l’USDA, Haïti demeure un marché important pour le riz américain, représentant environ 10% des exportations de riz des États-Unis et générant environ 200 millions de dollars de recettes pour l’industrie américaine du riz. Contrairement au riz national, poursuit le rapport, les variétés importées tendent à varier beaucoup moins, suivant généralement les prix à l’exportation aux États-Unis. Toutefois, la baisse à long terme de la valeur de la gourde par rapport au dollar américain tend à rendre le riz plus cher en monnaie locale. Alors que l’impact de la dévaluation de la monnaie à l’été 2015 a été tempéré par la baisse du prix du riz aux États-Unis, une monnaie qui se déprécie conjuguée à la hausse du prix du riz pourrait entraîner une détérioration de la sécurité alimentaire haïtienne, prévient l’USDA.

Source: le novelliste

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