Mangue : Fairchild honore Haïti, des acteurs braquent leurs projecteurs sur le « gros potentiel » d’une filière maltraitée

La mise à l’honneur d’Haïti et de ses variétés de mangues à la 26e édition du festival international de la mangue de Fairchild, à Miami, est une reconnaissance extraordinaire. Pour la mangue Francisque et d’autres variétés comme « Madan blan », « Kòn », « Pensik », cette exposition peut se traduire en opportunités d’affaires parce qu’aux Etats-Unis, l’importation de mangues, en nette croissance, est passée de 262 millions de dollars US en 2005 à 555 millions en 2017.

Tout le monde a vu les chiffres du board national de mangue aux Etats-Unis qui fait la promotion pour stimuler la croissance de la consommation. C’est à nous de fournir plus de mangues dont la quantité a baissé alors que le prix augmente d’année en année sur le marché américain, a confié au journal Ena Ménager Derenoncourt, en marge de sa présentation sur les « mangues en Haïti », vendredi 13 juillet 2018. Les problèmes d’ordre structurel et conjoncturel ayant provoqué la chute de l’exportation de mangue Francisque, soit de 2,393, 189 boîtes de 9.9 livres en 2007 à seulement 1 269 199 en 2017 doivent être résolus.

Pour Ena Menager Derenoncourt, attendre que l’État agisse et crée « les conditions idéales » n’est pas la bonne option. Les professionnels, ceux qui vivent de cette filière, doivent mettre la main à la pâte. « Nous devons nous unir pour donner à la mangue sa vraie valeur au niveau local et international », a appelé Ena Ménager Derenoncourt, agronome senior, femme d’affaires. Il ne faut pas être regardant quant aux ressources à mettre à la disposition de la faculté d’agronomie pour encourager la recherche, a-t-elle poursuivi, soulignant que cette filière, sans encadrement approprié, pèse 15 millions de dollars américains d’exportation, crée 500 000 emplois pendant quatre à 5 mois et joue un rôle important en termes de sécurité alimentaire pour la population haïtienne pendant la période de soudure.

La patronne de la Société d’exportation Fruit et Légumes S.A., l’une des figures de l’association des exportateurs de mangues, mise sur la structuration de la filière, met en avant le choix de sa société de faire passer de 100 000 à 200 000 le nombre de manguiers plantés à Thomonde, dans le Plateau central.

Oui à un plan stratégique de développement

Il est temps, de manière consensuelle, que tous les acteurs de la filière élaborent un plan stratégique de développement qui peut permettre d’exporter plus, mais aussi de renforcer la production locale qui représente le gros de la consommation de mangue en Haïti, a appelé l’agronome Philippe Mathieu, estimant que « c’est une bonne opportunité qu’Haïti et ses variétés de mangues soient mise à l’honneur par Fairchild à ce festival international ». « C’est une bonne opportunité aussi parce qu’il fait connaître ton potentiel et peut permettre d’avoir des opportunités d’affaires », a poursuivi Philippe Mathieu, professeur à l’université, spécialiste de la mangue et ex-ministre de l’Agriculture.

Sans prendre de gant, Philippe Mathieu tance l’État haïtien, le CFI, absent de cet événement. « Les contraintes de la filière ne sont pas adressées même de manière saisonnière. Je pense qu’il faut prendre les choses au sérieux et orienter le pays vers la production. La mangue Francisque est une bonne opportunité. Pendant la période de soudure, la mangue joue un rôle important dans la sécurité alimentaire du pays », a-t-il poursuivi, appelant comme Ena Ménager Derenoncourt à ne pas attendre l’État pour agir au bénéfice de la filière.

Sortir de la rente…

« Pour beaucoup de gens, la mangue est jusqu’à présent une rente. Si c’est comme ça qu’on avance, il n’y a pas de sauvetage », a déploré l’agronome Volny Paultre, prompt toutefois à souligner que sans soutien, sans encadrement adéquat, la mangue, « sous estimée » malgré son importance pendant la période de soudure, pèse 15 millions de dollars d’exportation annuelle, vient juste après le vétiver. « S’il y avait un petit accompagnement on aurait pu multiplier la production par deux… Nous n’exportons que 1 à 2 % de mangues disponibles en Haïti », a-t-il dit, en évoquant les freins à la croissance de ce secteur comme l’insécurité foncière, l’absence de recherche. « La recherche est la première responsabilité de l’État et des institutions qui vivent de ce produit », a souligné l’agronome Volny Paultre. « Sans assistance, regarde ce qui ce fait. Le potentiel pour augmenter la production existe et la demande est là. Nous n’avons même pas atteint 10 % du marché potentiel », a indiqué le responsable de la FHARE, estimant que Fairchild aide le pays en le mettant à l’honneur dans ce festival. Il souligne surtout qu’Haïti a un « gros potentiel », a insisté Volny Paultre.

Haïti a un potentiel important…

« Je pense que Fairchild a fait un excellent choix. Madan Francis, la mangue haïtienne, est une variété connue aux Etats-Unis depuis longtemps. C’est bien que l’on s’intéresse à cette variété », a confié au journal le directeur exécutif du board national de la mangue aux Etats-Unis, Manuel Michel. « Il semble qu’Haïti a un potentiel important. La mangue Francisque est une variété unique, différente. Cette variété est traitée comme un marché niche. Je pense qu’avec une bonne promotion, un bon marketing et un volume suffisant, la mangue Francisque va devenir encore plus populaire. Il y a une possibilité pour augmenter l’exportation de la mangue si vous créez plus de demandes. Les consommateurs américains connaissent de mieux en mieux la mangue Francisque », a expliqué Manuel Michel, estimant nécessaire de maintenir la qualité grâce aux recherches pour production, le service. En gros, toute la chaîne de valeurs.

Le directeur exécutif de ce board a pour la mission d’augmenter la consommation de mangues. Il éduque les consommateurs pour que la mangue ne soit plus un produit exotique, mais un produit de consommation quotidien. Pour y arriver, la stratégie en cinq points consiste à fournir une mangue de grande qualité, faire un marketing intelligent, éduquer les consommateurs, faire la pénétration d’autres marchés et fournir des services appropriés aux différents acteurs de la filière, a expliqué Michel Manuel lors de sa présentation en présence d’experts venus de partout à travers le monde. L’aide du board, demandée par Ena Ménager Derenoncourt, devra permettre à la filière, à côté des autres acteurs, d’agir pour étendre graduellement la saison de la mangue, identifier les nouvelles zones de production, augmenter la productivité à travers des études de marchés, faire la formation et le lobby auprès des pouvoirs publics pour construire des routes agricoles permettant l’accès de la plantation aux infrastructures de conditionnement de la mangue. Le volet recherche et développement devra aussi être pris en compte dans le cadre de l’effort pour redynamiser la filière…

Source: le nouvelliste

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