Martinique : seconde patrie du compas

Toujours dans le cadre de la célébration du 63e anniversaire du « konpa », la fondation Odette Roy Fombrun a convié les cinéphiles à la visualisation du film-documentaire « Martinique, seconde patrie du konpa », le mardi 7 août 2018, au local même de ladite fondation. Devant un public hétérogène, le film s’est déroulé dans une ambiance sereine où les participants se sont montrés avides d’informations à propos du « konpa dirèk ».

Écrit et réalisé par le Martiniquais Miguel Octave, ce film-documentaire met un coup de projecteur sur cette tendance musicale. « Konpa ». Sa genèse, ses particularités, son évolution, et aussi les différents groupes et musiciens qui en ont fait leur affaire jusque-là. Plus important encore, ce long-métrage traite de l’aspect universel du « konpa dirèk », le côté passe-partout de ce rythme, qui fait qu’on le rencontre presque partout, dans les Antilles françaises, notamment la Martinique. « Au début des années 60 un courant musical, né des bals populaires haïtiens, déferle sur les Antilles françaises, et marquera de façon indélébile la Martinique, le compas direct, ou « konpa » en créole », affirme Michel Thimon, auteur et réalisateur, au tout début du film. Le « konpa » n’est donc pas une affaire de Port-au-Prince, mais aussi de Paris et bien d’autres contrées qui ajustent aussi bien leurs notes dans cette partition musicale tout en se rapprochant de la ville de « Madan Kolo ». Aux dires de Bertrand Dicale, journaliste et musicologue, « le compas est ici, sur 2 ou 3 continents différents mais avec le coeur qui bat en Haïti ».

Né en Haïti dans un contexte politique particulier, où la musique était surtout une musique racine, marqué par son côté africain, le « konpa » est sorti des entrailles de feu Nemours Jean Baptiste, en puisant son rythme du ralentissement du « Meringue », la danse typique de la République dominicaine. La particularité de ce rythme que plus d’un affectionne aujourd’hui va se faire sentir au niveau de cette touche à la cymbale. Le « crash», l’appelle-t-on aux États-Unis, « la signature absolue du konpa », selon Bertrand Dicale.

Le « konpa » ne s’est jamais installé comme les danses sociales à l’instar de rumba, bachata où il est question de pas de base. « C’est une musique qui se danse à deux », confirme l’un des interviewés du documentaire. Les pas de base s’ensuivent et se créent dans le temps. « Ce petit côté charnel, cette invitation à danser qui ne laisse aucune échappatoire ont cela d’intéressant », raconte Antony Kavanagh, avec une pointe d’ironie dans la voix. « Se pa mizik la non, men se danse l la », raconte allègrement Mario de Volcy, qui partageait avec l’assistance tout le plaisir de danser le « konpa ».

L’évolution du « konpa» n’a pas été des moindres. Que ce soit dans les ajustements, dans le rythme (ajout du punk, du kata dans l’ensemble musical du compas), ou dans la façon dont les groupes musicaux et le public réagissent au konpa, ce dernier a pris un sacré virage dans le temps. « Le compas a tendance à évoluer vers le spectacle, le festival; les gens ne dansent presque plus », ajoute un autre.

Pour la réalisation de ce film, plusieurs personnalités se sont prêtées au jeu des témoignages, et élaboré leur point de vue sur le sujet. On peut citer entre autres André Dejean, Dadou Pasquet, Fabrice Paimba, Roger Eugène (Shoubou), Yves Joseph (Fanfan Ti bòt), Michael Guirand, pour ne citer que ceux-là.

Les amis et cinéphiles présents pour l’occasion ont profité de la période d’après la diffusion du film pour entamer des discussions autour de celui-ci, et bien sûr, échanger les éventuelles camaraderies pour ceux qui ne se sont pas vus depuis un bail.

Martinique, seconde patrie du compas: un film à visualiser pour mieux appréhender le cheminement de ce rythme musical nemourien.

Source: le nouvelliste

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