Ouganda : des femmes imposent à leurs maris une « taxe«  sur le sexe

C’est une pratique qui se répand en Ouganda. Pour punir des maris «fainéants» ou «irresponsables», leurs femmes les obligent à payer s’ils veulent avoir des rapports sexuels. Une façon comme une autre d’exister dans cette société patriarcale.

 

«Tu vas le payer» pourrait être le slogan de cette stratégie lancée spontanément il y a trois ans dans la capitale Kampala. Excédées par des conjoints qui dépensent leurs revenus dans les bars, des Ougandaises décident de se venger en refusant toute relation sexuelle gratuite. Le mari doit changer ou débourser, comme le rapporte le site américain Ozy.

Un phénomène social

Ce qui a commencé avec quelques cas isolés est devenu un vrai phénomène dans le pays, où plus de 30.000 femmes revendiquent cette pratique, selon l’organisation anglicane Mother’s Union citée par Ozy. «C’était d’abord une blague, c’est devenue une réalité», notait pour sa part le journal gouvernemental ougandais The New Vision.

La taxe des irresponsables

Le mouvement, s’il en est un, est soutenu par des organisations de défense des droits des femmes en Ouganda. «Si les hommes sont irresponsables et que c’est la seule façon pour leurs femmes d’avoir de l’argent pour le foyer, laissez-les taxer le sexe», affirme Tina Musuya, directrice du Centre de prévention de la violence domestique (Cedovip), citée par le site Ozy.

«Une déchéance morale»

La «taxe» imposée par les femmes à leurs maris en échange de rapports sexuels vise essentiellement à les sensibiliser et à les rendre plus responsables. Mais cette approche provoque des réactions. Le ministre de l’Ethique et de l’Intégrité, Simon Lokodo, critique la pratique et la qualifie de «déchéance morale». Pour lui, «le sexe est un devoir conjugal».

La grève du sexe

Cette affaire en rappelle une autre. Celle de la grève du sexe comme moyen de pression. La méthode, qui remonte à l’Antiquité, a déjà été utilisée plusieurs fois dans le monde et notamment en Afrique, comme le rappelle RFI.

Au Liberia d’abord, en 2003, où des femmes ont appelé au boycott du sexe pour se faire entendre dans le processus de paix. Le Kenya, le Togo et le Soudan ont eux aussi eu recours au corps comme moyen de pression politique.

L’Ouganda n’est pas en reste, sauf que l’appel à la grève du sexe a été lancé par un homme. En 2010, l’opposant politique Stanley Kalembaye a demandé à ses partisans de ne pas «remplir leur devoir conjugal» si leurs femmes votaient pour le parti au pouvoir. Vu les résultats, cet appel n’a pas été entendu.

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