Qui finance le #PetrocaribeChallenge ?

La question n’était pas pertinente, jusqu’à ce qu’elle devienne le principal argument des détracteurs du mouvement citoyen Petrocaribechallenge. Qui finance ce mouvement viral, en Haïti et dans la diaspora haïtienne ? 

Si pour plus d’un, le dossier de la dilapidation du fonds Petrocaribe est l’un des plus grands crimes financiers de toute l’histoire du pays, pour d’autres, il faut plutôt questionner ce réveil soudain des Haïtiens de partout dans le monde et en Haïti, pour demander des comptes et exiger le procès des dilapidateurs.

Plus de deux semaines depuis son lancement par le cinéaste haïtien Gilbert Mirambeau Jr et repris par le rappeur K-libr, le petrocaribechallenge occupe l’actualité sans relâche. Des haïtiens de Montréal, de New-York, de Paris, de Jacmel, des Gonaïves, de Saint Marc, de Ouanaminthe, du Cap-haïtien, des Cayes et de Port-au-Prince se mobilisent pour poser cette simple mais combien pénible question « où est passé l’argent du petrocaribe ? »

Pour renforcer le mouvement, les challengers utilisent plusieurs supports. Des pancartes, des banderoles, maillots, des affiches et graffiti…tout pour faire passer le message. Après l’arrachement des banderoles et des pancartes, la question sur le financement de cette initiative ne cesse d’être posée.

Selon un jeune adhérant au mouvement qui a préféré garder l’anonymat, les citoyens engagés dans ce mouvement ont eux-mêmes cotisé pour fabriquer ces banderoles. Selon lui, le financement de Petrocaribechallenge repose sur le volontariat.

« Le mouvement est auto-financé par ceux qui s’y adonnent. Par exemple, pour la fabrication de banderoles pour la marche du dimanche 2 septembre, trois jeunes professionnels, dont un médecin ont cotisé. Cela a coûté 6 mille gourdes. Pour les maillots par exemple, il y a des initiatives de toute part, mais pas d’une personne ou d’un groupe en particulier. Par exemple, je connais une personne qui a proposé de payer pour une douzaine. Il y a aussi des éléments de la diaspora qui ont contribué et qui continue de proposer leurs contributions », confie-t-il à Loop Haïti.

« Les politiciens haïtiens nous ont tellement appauvris, ils nous croient incapables de nous mettre ensemble pour payer quelques douzaines de maillots ou quelques affiches. C’est une tentative de discrédit qui ne nous fait ni chaud ni froid. Au contraire, elle nous permet de voir le cynisme de ceux qui disent être des leaders de ce pays. Ils inventent des histoires pour manipuler la population. C’est un petit jeu pour eux.», poursuit-il.

Sur la page de AyitiNouVlea, l’un des groupes impliqués dans la promotion du mouvement, on peut voir des appels à l’aide et à contribution.

 

 

Dans une vidéo postée sur sa page Facebook le jeudi 30 août dernier, l’actrice Gessica Généus, l’une des artistes ayant prêté allégeance à ce mouvement, explique pourquoi un groupe veut faire croire qu’il y a un bras politique et économique derrière le Petrocaribechallenge.

« … C’est comme si nous étions des marionnettes. J’étais très en colère lorsque j’ai entendu pour la première fois que nous sommes payés pour ce mouvement. Ensuite, je me suis dit que c’est normal. Parce que cela fait longtemps que nous acceptons la puanteur, nous subissons l’injustice dans ce pays, sans lever le petit doigt. C’est normal pour l’oppresseur de se poser des questions du genre, pourquoi maintenant ? Qui est derrière cette révolte ? Pourquoi est-ce que cela dérange maintenant ? Par contre, le nombre de challengers sera bientôt tellement élevé que cet argument ne tiendra plus », a lancé l’actrice et réalisatrice qui a récemment raflé son cinquième prix en France, avec son film-documentaire « Douvan jou ka leve ».

Dans la culture politique haïtienne, les mouvements sociaux sont souvent des manœuvres politiciennes. L’argument le plus évident est de dire que le mouvement est financé. Le Petrocaribechallenge pour l’heure ne peut pas être clairement encore assimilé à un groupe politique en dépit des tentatives de le faire croire. Le mouvement organise une marche ce dimanche 2 septembre, alors que dans les villes de provinces comme dans la diaspora, plusieurs autres marches sont prévues pour continuer à exiger de la justice haïtienne de prendre ses responsabilités.

Source: loophaiti

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