Sam, la star d’Aquin inconnue à Port-au-Prince

Avec un premier disque inconnu des platines et un second qui oscille entre zouk et konpa, Sam continue de voler de ses propres ailes. Rencontre d’un des chanteurs les plus en vue d’Aquin.

Une écumante eau de zouk. Un morceau à la salve antillaise, épicé d’un petit gout de compas love. Une reprise hasardeuse et lovée du tube planétaire « Tu vas me manquer » de Maitre Gims que Sam, flanqué des musiciens de son quartette Janbon kreyòl, réadapte de son timbre déchiré. Le clip de ce titre, signé Liu Noel (GraphCity), paraitra bientôt sur nos petits écrans.

Le chanteur originaire d’Aquin (Sud d’Haïti) compte déjà à son répertoire de nombreuses compositions (« M’ap cheche lanmou », vidéo réalisée par Shiller record à Cuba), ainsi que « Souri », premier album solo qui contient 11 morceaux dont deux chantés en duo avec le rappeur BIC (« Mèsi obstak ») et la chanteuse Anie Alerte Joseph (« Fok nou prepare »).

Dans les couloirs de l’église

Aquin, ville portuaire située au sud d’Haïti, accueille depuis 11 ans son Festival international de musiques et danses traditionnelles, baptisé « Destination Aquin ». C’est un complot contre la médiocrité, l’ignorance, les inégalités, pour l’accès à la culture… », lâchent les organisateurs dont la plupart foncent dans la soixantaine.

Trois jours de fête où de nombreuses disciplines artistiques s’enchevêtrent. C’est là que nait, le 7 septembre 1988, Sam Junior Felissaint. Cheveux jaunis, teint mordoré, yeux bruns cachés sous une paire de lunettes de soleil : le jeune chanteur âgé de 30 ans glisse quelques mots sur son enfance qu’il connut heureuse au sein d’une famille chrétienne. Son père est pasteur. Dans les couloirs de l’église Christianisme de Jonc-Dodin, il écoute du gospel, de la musique évangélique. Mais la pop, la world music comme le hip-hop ou le r&b ne l’ont pas encore choisi. Il nage pour l’instant dans un bain de chants religieux, écoutant sa sœur aînée surfer sa voix étirée sur des mélodies salutaires, alors qu’il se concentre entre temps sur ses études primaires.

Lumières éteintes

Passé le cap de ses études secondaires qu’il a bouclées au collège Paul Etzer à Carrefour, il lance sa carrière solo en 2006, enregistre au studio de CKS Productions son premier morceau à la salve konpa  dédié aux mamans (« Mèsi manman ») à l’occasion d’un concours de musiques pour le noël lancé par PVS. Titre qui l’a véritablement propulsé sur la scène aquinoise, tout en compilant d’autres titres à son répertoire dont « Bo kote w’ » qu’il enregistre avec son quartette Janbon kreyol, fondé en 2009.

2011, il part pour Cuba où il prendra une formation professionnelle en physiothérapie. Et c’est là qu’il signe en 2014 la sortie de son premier disque titré « Souri » sur lequel on retrouve douze titres. Un opus aux courbes mélodiques très actuelles. Sa voix épouse des contours simples. Il bascule entre pop américaine, world music, r&b et soft rock. BIC est invité sur la piste « Mèsi obstak », Anie Alerte Joseph sur « Fok nou prepare ». Le disque est resté inconnu des platines, révèle l’artiste. Vente promotionnelle quasiment ratée, lumières éteintes sur son talent, opportunités bouchées pour lui à Port-au-Prince. Mais Sam Junior n’en démord pas. Il continue de voler de ses propres ailes, prenant en main sa carrière musicale de A à Z, investissant son argent et son temps pour réaliser ses projets musicaux. 2017, il sort le clip « Map cheche lanmou », réalisé à Cuba.

 

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Son second album, 70% love, enregistré aux côtés des musiciens de son band, contiendra dix morceaux dont une reprise du tube «Tu vas me manquer » de Maître Gims. Une réadaptation plus hardie, saupoudrée de zouk sur fond de konpa où il mêle sa voix à celle de Fritz « Mike » Canon de qui il a reçu l’invitation d’interpréter ce titre. Le clip, signé Liu Noel (GraphCity), doit paraitre bientôt.

On espère revoir un Sam plus mûr. Justesse et finesse à son grain de voix veloutée, lui souhaite-t-on. Des ailes pour voler, de la persévérance pour toucher au succès et à la perfection.

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