Semer un grain pour une construction plus sûre et un avenir meilleur

Rassembler les différents partenaires dans le domaine de la construction pour leur offrir une plateforme d’échange, discuter des possibilités pour construire des bâtiments plus sûrs, ouvrir un dialogue sur les aspects divers de la construction et surtout semer un grain. Un grain dont on peut peut-être récolter les fruits dans une dizaine d’années. Tels étaient les buts de la semaine sur la promotion de la construction sûre, explique Ivan Bartolini, le responsable du Centre de compétence sur la reconstruction (CCR) de l’ambassade de Suisse en Haïti.

Lors de la clôture officielle d’un des programmes de l’Aide humanitaire suisse et du lancement d’autres programmes, et un an après l’ouragan dévastateur Matthew, les Suisses ont réuni tous les acteurs dans le domaine de la construction à l’Université américaine des Caraïbes aux Cayes, entre le 23 et le 28 octobre. Affaire de renforcer les efforts de la décentralisation et de la gouvernance locale, continue Ivan Bartolini. « Il faut être présent où c’est plus nécessaire. Si on reste toujours dans la capitale du pays, ça n’a pas le même impact. »

Le programme, qui sera clôturé cette année, avait commencé en 2010 après le tremblement de terre. Il avait pour but non seulement d’élaborer trois plans-types de référence pour la construction d’infrastructures scolaires parasismiques et anticycloniques (soit en béton armé, soit en maçonnerie chaînée ou en ossature bois), mais également de reconstruire en total 12 Écoles nationales et Écoles fondamentales d’application/Centres d’appui pédagogiques (EFACAP) dans les zones les plus touchées par le séisme. Les normes parasismiques et anticycloniques élaborées lors de ce programme entre-temps étaient appliquées par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et du ministère des Travaux publics, Transports et Communications et applicables pour toute autre école construite en Haïti.

Un programme arrive à sa fin, un autre commence. Un, qui a pour but de donner un appui sur la reconstruction des habitats et de la formation dans le Sud. Et il en reste encore beaucoup à faire, affirme Jean François Golay, le coordinateur de l’Aide humanitaire suisse. Selon lui, un an après Matthew, seulement 1% des maisons détruites par l’ouragan ont été reconstruites et 10% des maisons endommagées ont été réparées. Un bilan très maigre.

Espace de rencontre et d’échange d’idées

Le nouveau programme de l’Aide humanitaire suisse se focalise sur la reconstruction des habitats et de la formation. L’idée de ce symposium aux Cayes était donc de rassembler tous les acteurs concernés dans ce domaine. Et tout le monde est venu : Les maires et les représentants d’autres autorités, parmi eux un délégué de l’Institut national de la formation professionnelle, les acteurs privés, des organisations internationales et non gouvernementales, des doyens d’université, des ingénieurs civils et ceux qui poursuivent encore leurs études dans ce domaine et qui seront sur les chantiers dans un futur proche et surtout environ une trentaine de formateurs. Différents acteurs de la société civile qui, ensemble, peuvent faire avancer les choses, travailler pour un avenir meilleur et plus sûr dans le Sud.

Selon les organisateurs du symposium, la construction sûre repose sur trois piliers : le choix du site, la conception du bâtiment et la mise en œuvre, la qualité de la main-d’œuvre et des matériaux. Les conférences-débats qui se sont tenu durant la semaine dernière aux Cayes visaient donc à aborder ces différentes étapes. Ils ont abordé par exemple le rôle des mairies dans la construction sûre et dans le contrôle, la qualité des matériaux et de la main-d’œuvre. « Même si c’est pour construire une petite maison et pas un bâtiment grand comme par exemple une école, c’est important de faire un bon travail », dit l’ingénieur civil Augustin Fédric de Léogâne après une conférence-débat. Et sa collègue Wilmithe Jean-François de Delmas de rajouter : « Il nous manque la méthode technique. Après avoir suivi cette conférence-débat, j’ai pu identifier nos propres faiblesses et avec toutes les équipes on va travailler là-dessus. »

Une autre conférence-débat traitait du rôle des femmes dans le domaine de la construction. « Les femmes sont toujours perçues comme n’ayant pas le physique et les compétences requises pour le travail de la construction, généralement réservé, à tort, au sexe masculin », dénoncent plusieurs membres du Regroupement des femmes professionnelles en construction en Haïti.

Les conférences-débats étaient suivies d’ateliers pratiques, visant à renforcer les bonnes pratiques dans le domaine de la construction sûre. Les formateurs n’ont pas seulement expliqué aux auditeurs comment par exemple bien connecter les toitures ou qu’il faut prendre en compte en ce qui concerne le ferraillage ou la maçonnerie, mais ils ont également distribué des guides écrits en créole, qui expliquent d’une manière simple les différents processus sur un chantier. Les documents sont aussi accessibles sur le site du ministère des Travaux publics, Transports et Communications, et peuvent y être téléchargés par toute personne intéressée.

Pour Jean François Golay, le coordinateur de l’Aide humanitaire suisse, le symposium aux Cayes était un succès. « Les échos reçus montrent que cette semaine a suscité un intérêt fort auprès des nombreux participants, et que le niveau des discussions et de la réflexion a été très élevé, de même que les résultats tangibles obtenus et utilisables à l’avenir dans le domaine de la construction et de la reconstruction sûres. Cet événement s’inscrit dans un contexte non seulement post-Matthew, mais beaucoup plus large de vulnérabilité et d’exposition de la région et de ses populations aux désastres naturels. »

Et le délégué de l’Institut national de la Formation professionnelle rajoute : « Le chemin est encore long, il faut absolument que le dynamisme positif de cette semaine continue. Dans les universités, les écoles de formation professionnelle, sur les chantiers et dans la tête de chaque concerné. »

Pour Jean François Golay, c’est bien clair que le travail a à peine commencé. « Cette semaine nous a montré l’intérêt de relever ensemble et activement les différents défis liés à ces problématiques si l’on veut améliorer la réponse et la qualité des interventions en vue d’une protection durable des populations face aux risques de désastres naturels. Il est bien évident pour tout le monde, malheureusement, que les événements climatiques qui ont touché Haïti et la région caribéenne l’année dernière et plus récemment ne sont pas fortuits, mais vont se reproduire à l’avenir. Dans cette perspective, il est nécessaire de développer une approche de la construction sûre afin de réduire les conséquences de cette menace climatique constante. Et c’est notre devoir à tous. »

L’engagement de la Suisse dans le département du Sud continue

Après l’élaboration des trois plans-types de référence pour la construction d’infrastructures scolaires parasismiques et anticycloniques et la reconstruction de 12 écoles pendant les derniers sept ans, l’engagement de la Suisse en Haïti continue au moins pour les cinq années prochaines, assure Jean François Golay. Tout d’abord, elle s’engage à renforcer la qualité de la construction des habitats individuels et des abris collectifs, ceci au profit des communautés les plus vulnérables. La deuxième composante traite de la recherche et la formation, avec une vision institutionnelle d’innovation et de durabilité et la troisième composante a pour but de renforcer les capacités des collectivités territoriales dans le domaine de la planification et du contrôle des activités de construction, explique Jean François Golay, le coordinateur de l’Aide humanitaire de la Suisse en Haïti lors de la clôture de la semaine de la construction sûre aux Cayes.

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